Prédication du pasteur Nicola Pictet. Décembre  2006
Réf biblique : Luc : 39-55

Le début de l’évangile de Luc vibre de joie !

Avant même la naissance de Jésus, nous avons ici la plus belle invitation à regarder notre foi chrétienne comme un bonheur.

Sans triomphe, au détour de situations difficiles, des êtres simples reconnaissent des signes de l’action de Dieu.

  • Il y aura Zacharie devenu muet, qui, recouvrant l’usage de la parole, chantera « Béni soit le Seigneur, le grand Dieu d’Israël ».
  • Il y aura le vieux Siméon, rempli de paix et de bonheur : « Seigneur, tu me permets de m’en aller en paix… mes yeux ont vu ton salut »

– Aujourd’hui, ce sont deux femmes, Elisabeth et Marie… et le Magnificat !

Deux femmes qui sont l’une comme l’autre, dans une situation bien embarrassante.

Elisabeth : tellement âgée et … enceinte.

Marie : trop jeune, pas mariée, et … enceinte.

Les grossesses, ça fait jaser. Allez raconter une histoire semblable sur la place du village !

Dieu n’est pas très raisonnable. C’est là qu’il vient.

C’est ainsi qu’il nous sauve ; en mettant nos critères sens dessus dessous.

L’apôtre Paul parlera plus tard de la sagesse humaine qui est folie ; et la folie de Dieu devient notre sagesse.

« Mon âme exalte le Seigneur – chante Marie. Il a fait pour moi de grandes choses ».

Ce que Marie célèbre, c’est que sa vie est entièrement transformée : elle devient porteuse de la présence de Dieu pour le monde.

Si vous vous appelez Christophe, vous savez que votre nom veut dire « porteur de Christ ».

Martin Luther faisait dire à Marie, dans un texte où elle reste une figure historique (…):

« Je suis l’atelier dans lequel Dieu travaille, mais je n’ai rien à ajouter à l’ouvrage. C’est pourquoi personne ne doit louer ou honorer en moi la mère de Dieu, mais louer en moi Dieu en son œuvre »

Louer Dieu en son œuvre !

Et c’est quoi l’œuvre de Dieu ?

Marie l’annonce: renversant ! En moi, Dieu à l’ouvrage.

« Il est intervenu de toute la force de son bras : il a dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse, il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et il a élevé les humbles ; les affamés, il les a comblés de biens, et les riches il les renvoyés les mains vides… »

Prenons ces paroles très au sérieux. Et soyons tout de mêmes perplexes…

L’orgueil n’existe plus ? Les arrogants ont disparu ?

La force de Dieu, a-t-elle mis terme aux abus de pouvoir des hommes ?

Et les humbles, les humiliés, les affamés, les blessés de la vie – que nous sommes tous peu ou prou – ont-ils leur pain et leur justice ?

Ce que l’Evangile nous dit, et qui sera crié par Jésus :

C’est que la force, la puissance, la suffisance orgueilleuse, la fascination de la richesse, ne sont pas des valeurs.

Elles n’ont aucun avenir !

Elles sont l’illusion par laquelle l’homme essaie de se rendre immortel. Echapper à la friabilité de l’existence en se dotant de forces illusoires.

Si c’est cela, le but de la vie : s’étourdir dans le culte de la puissance et du succès, alors quelle amertume, quel goût de cendre !

Non, il y a un autre sens !

Depuis Marie, nous sommes chacun invité à faire place, accueil, à la présence de Dieu.

Ce Christ que Marie portait dans son corps, il est, par l’Esprit de la Résurrection, présent à chaque existence.

Il nous appartient de reconnaître l’infini… en nous.

Rien que cela ! Et pas un être ici-bas, qui soit trop bas pour être rejoint par la main de Dieu.

Comment cela se « fait-il » ? Comment réaliser cette présence ?

Il ne faut rien  faire. Il faudrait plutôt faire des choses en moins.

Nous dépouiller de nos croyances, de nos certitudes et de nos préjugés.

Et faire silence, au milieu du tintamarre qui nous enveloppe, et auquel nous participons.

Faire silence, donner de l’espace à l’intérieur, du temps pour méditer et pour réfléchir, du temps pour nous laisser apaiser. Laisser notre cœur devenir une terre de pauvreté.

Alors, dans le silence, entendre la Voix de résurrection et de paix monter du plus profond de nous-mêmes, et donner force à ce qui en nous est faible, et blessé.

La puissance de Dieu, que chante Marie, c’est précisément Dieu qui renonce à la puissance.

Le christianisme n’est pas une religion de l’éclat et du triomphe.  Ni de l’homme ni de Dieu !

J’aurais même envie de dire : toute forme de pouvoir institué, en christianisme, est à revoir, à examiner sans cesse.

(C’est pourquoi l’Eglise, comme institution, doit apprendre à se critiquer, à s’évaluer sans cesse – selon l’inspiration de la Réforme)

 

Notre religion est celle d’une force divine qui renonce précisément à se donner comme force. Elle met en question nombre d‘attentes que nous pourrions avoir à l’égard de Dieu, et également des idées sur l’Eglise (course au succès…)

Idées de succès, de réussite, de grandeur ; images d’une histoire héroïque et d’un héritage glorieux

Il y a une résistance à mener !

Pensons à certains milieux chrétiens où l’on fait jouer le leitmotiv de  notre époque :

C’est le sésame : Problème / solution. Regardez toutes les pubs, ça marche !

Vous avez un problème ? La Bible – protestante, le catéchisme – romain, le responsable de communauté- évangélique,  vous donne la solution.

Non, cent fois : non !

Le message du Magnificat, c’est que, comme Marie, nous sommes une terre d’accueil. Ca se passe au dedans. Dire OUI à Celui qui vient, en nous et par en bas, relever, réconcilier, vivifier.

Il nous appartient, après, de nous occuper des problèmes du monde, au près et au loin.

Si nous changeons, notre environnement change. Pas l’inverse ! Cette croyance n’amène que déception.

Pour aider autrui (le monde…), j’ai besoin de réaliser que je suis aidé de Dieu. Alors, lui voulant, par moi un peu de lumière peut parvenir plus loin que moi.

Ce sont les découvertes intérieures qui portent à la fraternité.

Concluons !

Un protestant peut s’intéresser à celle qui a porté Jésus, être sensible à ce qui manque parfois dans nos Eglises issues de la Réforme. Ce que les peintres de la Renaissance italienne avaient si intensément perçu et rendu : cet aspect, féminin, de tendresse et de douceur, qui est une signature du Dieu de Marie et de Jésus Christ.

Amen.