Prédication du pasteur Philippe Reymond, Temple des Eaux-Vives, 2006
Réf biblique : Ps. 121.5-6, Ps.34.6

« YHWH ton gardien, YHWH ton ombre à ta main droite.
Le jour le soleil ne te blessera pas, ni la lune en la nuit » Ps.121.5-6

« Ils le regardent et irradient ; leurs faces ne rougiront pas. » Ps.34.6

« Il faut que l’intériorité humaine soit habitée par une réalité
qu’elle ne se donne pas à elle-même pour pouvoir, à sa façon,
éclairer autour d’elle, bien davantage qu’elle ne le sait ou
ne s’en croit capable…c’est parce que l’En-Haut habite
l’intériorité humaine – c’est-à-dire l’appelle – que celle-ci
peut d’En-Bas lui répondre et, ce faisant, lui permettre
d’éclairer la nuit. »
Catherine Chalier : La nuit, le jour, Seuil 2009

N’est-il pas surprenant qu’Abraham soit assis à l’entrée de sa tente dans la pleine chaleur du jour (cf. Gn.18.1), donc pas à l’abri du soleil à l’instant de la journée où il est le plus néfaste pour la peau ? Or, c’est précisément à cette heure de plein soleil que YHWH apparaît à Abraham, lui donnant du même coup l’occasion d’apercevoir trois hommes debout près de lui. Faut-il en conclure que le discernement n’est donné qu’à qui s’expose en plein soleil et, de surcroît, la disposition à observer le commandement (mitzva) de l’hospitalité ?

A l’instar d’Abraham Moïse ne semble point craindre l’exposition à la chaleur et au rayonnement du feu, puisqu’il se risque à aller regarder le buisson en feu (Cf. Ex.3.2). Pour lui aussi cette exposition à la chaleur de la flamme lui est profitable, puisque l’ange de YHWH lui apparaît alors dans la flamme de feu. Chose d’autant plus étonnante, que le buisson en feu ne se consumme pas, donc ne le menace pas. Une fois encore l’exposition s’accompagne d’une aptitude au discernement.

A cette exposition les fils d’Israël en route vers la Terre Promise préférèrent, cependant, s’aveugler au scintillement d’un veau fait avec les boucles d’or qui pendaient aux oreilles de leurs femmes. Ce soleil de pacotille ne risquait pas de leur brûler la peau, mais semble néanmoins les avoir privé de discernement.  Voilà que n’étant pas ou plus exposés au soleil de vérité, ils n’avaient plus YHWH pour gardien, que son ombre n’était plus à leur droite, qu’ils étaient alors comme sans le secours de la bienveillance divine, risquant ainsi d’être brûlés au soleil du jour, voire même par la lune en la nuit.

Contrairement à eux, Moïse persévéra à s’exposer au soleil de la révélation en se tenant résolument au sommet du Sinaï dès le matin ; sans risque d’être brûlé, puisque YHWH prit le soin de descendre dans la nuée (cf. Ex.34.5). Exposition d’autant plus profitable à la peau de son visage, puisqu’elle en devint rayonnante à son insu (Cf. Ex.34.29). Exposé au soleil de bon matin il put redescendre de la montagne, donc de l’En-Haut vers l’en- bas, riche des deux tables de l’Alliance.

S’il est  fortement déconseillé de s’exposer au soleil de l’été pour cause de mélanome, en revanche il semble plus que profitable de s’exposer au Face à face avec YHWH, car son rayonnement se manifeste sans qu’on en ait conscience. Métamorphose étonnante qui s’en vient donner à l’entourage un discernement inattendu comme en témoigne aussi la scène où Jésus après avoir conduit quelques disciples  à l’écart sur une haute montagne a le visage qui resplendit comme le soleil (Cf. Mt.17.3).

Lorsqu’il est écrit que Dieu créa l’homme à son image, plus que d’un constat, ne s’agit-il pas en fait d’une invitation ? Invitation à l’homme adressée de s’exposer à la Lumière, non point celle du soleil et de la lune, lesquels astres ne seront créés qu’au quatrième jour, mais à cette Lumière que révèlent les cinq livres de la Tora (le Pentateuque = Gn.(1), Ex.(2), Lév.(3), Nombres (4), Dt.(5)), telle qu’elle est signifiée en Gn.1.3-5 : « Elohîm dit : « Une lumière (1) sera. » Et c’est une lumière (2). Elohîm voit la lumière (3) : quel bien ! Elohîm sépare la lumière (4) de la ténèbre. Elohîm crie à la lumière (5) : « Jour ».  Cette Lumière du premier jour, c’est celle à laquelle il faut s’exposer sans peur et sans retenue, car elle seule imprime en l’homme cette image de Dieu. S’exposer à ce soleil-ci, c’est peu ou prou en projeter l’ombre autour de soi. Etre créé à l’image de Dieu est ainsi un appel à devenir toujours plus, toujours mieux l’ombre de Dieu dans l’en-bas du monde. Cela qu’il nous faut expliquer au moyen de mots et de chiffres, la langue hébraïque le suggère presque naturellement dans la graphie du mot image tsélem qui vient du mot tsel l’ombre. Lumière qui garde : « YHWH ton gardien », et qui dispose à porter l’ombre de la bienveillance divine autour de soi : « YHWH ton ombre à ta droite ».

Certes, s’il est salutaire d’adopter le comportement des peuples du sud en se protégeant des effets néfastes du soleil, il l’est plus encore de s’inspirer de celui d’Abraham se tenant à l’entrée de sa tente à la pleine chaleur du jour, dans cette simple confiance qu’ « Il nous visitera le soleil levant venu d’En-Haut, pour apparaître à ceux qui gisent dans la ténèbre et l’ombremort, pour conduire nos pieds sur la route de la paix » (Lc.1.78-79).