« Le Seigneur siège pour l’éternité ; Il a établi son Trône pour la Justice.
Lui-même jugera l’univers avec équité ; Il rendra justice aux populations avec droiture. » (Psaume 9,8)

Vers qui nous tournons-nous, en fait, lorsque nous nous apprêtons à prier ? Lorsque, par désir ou par nécessité, nous laissons cette brèche s’ouvrir dans nos activités, et que nous nous « rassemblons », intérieurement, pour nous rendre présents au Dieu Vivant ?

Comme l’a si bien exprimé Grégoire de Nazianze (un des Pères de l’Église ayant vécu dans l’actuelle Turquie centrale au 4e s.), « Dieu est l’au-delà de tout ! » Celui que nous prions échappe à tout enfermement ;
« Il est, Il était, Il vient », comme l’affirme le Christ Ressuscité (Ap 1,8). Mais il n’en demeure pas moins que – humains, incarnés que nous sommes – nous avons besoin d’un certain nombre de points d’appui, pour ainsi dire, pour nous rendre disponibles à la prière véritable, c’est-à-dire, non seulement articuler des « paroles », en surface, mais aussi laisser cet échange mystérieux descendre dans le cœur profond. Pour prendre une image : si une telle prière se compare à pénétrer une forêt dense et inconnue, sans doute avons-nous besoin d’être rassurés. Et sur ce plan, de toute évidence, la Parole révélée et consignée dans la Bible est notre « chemin sûr », une vie durant. Dans son entier – avec toutes les différentes facettes dévoilant les qualités essentielles du Dieu Vivant. « Dieu est Amour » nous dit l’apôtre Jean (1 Jn 4,9). Accueil de ce qui est. Plus encore : Dieu est « compatissant, porté à faire grâce, lent à la colère, généreux en fidélité », atteste Moïse (Ex 34,6). Mais cela n’est pas séparable de ce que ce verset du Psaume 9, et tant d’autres, nous rappelle : l’accueil inconditionnel dans son Amour ne signifie jamais complaisance avec le mal.

L’humain qui s’offre à la prière est appelé à en faire l’expérience : celui à qui il se confie dans l’intime opère continuellement un « tri » nécessaire et vital qui dépasse nos propres capacités. Car « Dieu est Lumière – aucune obscurité en Lui » dit encore Saint Jean (1 Jn 1, 5). Et c’est déjà une grande grâce de désirer ce jugement impartial ; ce tri spirituel salutaire, de notre vivant, au quotidien, et sans attendre
« le Jugement Dernier ».

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Philippe Rohr, diacre

 

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