Marie Cénec, pasteure à Champel-Malagnou et à l’Espace Fusterie
Aurélia Carlo, illustratrice


illustration-meditation-février-2015

Une de mes amies a trouvé l’amour sur Internet. A en croire Facebook, des années plus tard, c’est encore un mariage heureux ! Cette histoire avait quelque peu adoucimon jugement sur Internet, la Toile n’étant peutêtre pas qu’un lieu mythique de drague sans lendemain. Un soir que je surfais, seule devant mon écran… j’ai vu sa photo et ce fut presque un coup de foudre. Je décidai de passer la nuit sur cette tocade sentimentale en me disant que si le lendemainmatin il était encore disponible, je ferais sa connaissance. Le lendemain, je me rendis à un rendez-vous dans le quartier de la Jonction après avoir pris conseil auprès de ma soeur (en matière de coup de tête, prendre conseil permet de se donner l’illusion de la sagesse). Quelques minutes après notre rencontre, il vint se coller contre moi : j’étais adoptée et je devenais l’heureuse propriétaire d’un chat.

C’est alors que je sombrai dans l’addiction féline, plongée dans les ouvrages sur « Comment rendre son chat heureux », choisissant les croquettes les plus adaptées, parlant litière et comportement animal avec tout mon entourage. Un nouveau monde s’ouvrait à moi et, très vite, butant régulièrement sur des balles et accourant au moindre miaulement j’eus l’impression, comme on le dit communément, de « vivre chez mon chat » !

Depuis la lecture des Chats de hasard d’Annie Duperey1, je rêvais de vivre ce qu’elle y décrivait, ce lien si riche que l’on peut tisser avec un chat. Je ne pensais pas que ce rêve deviendrait réalité et que je ne cesserais de m’étonner des interactions qui naissent de l’apprivoisement réciproque entre l’animal et l’humain. Reprenant le titre de l’excellent livre de Franz-Olivier Giesbert, je pourrais vous dire que L’animal est une personne2 et vous parler avec passion de son intelligence. Mais il est temps de refréner mon engouement et d’en venir à ce que cette rencontre m’a appris.

Avant de la faire, j’écoutais avec empathie des personnes me confi er leur tristesse lors du deuil d’un chat, je comprenais intellectuellement combien cette présence ronronnante était importante pour eux. Mais je n’avais pas encore fait l’expérience du chat au quotidien, je n’avais pas encore découvert la connivence qui s’établit avec les personnes qui la partagent.

La comparaison est un peu triviale, mais je pense qu’il en est de même avec Dieu : on peut lire beaucoup de livres de théologie, des ouvrages mystiques, en avoir une connaissance littéraire et poétique… Mais rien ne peut la rencontre avec Dieu. Celles et ceux qui ont fait l’expérience de cette ouverture de leur conscience se reconnaissent – qu’importe d’ailleurs leur religion ! – ils ressentent une forme de communion, une complicité spirituelle. Ils sont passés du désir à la grâce de croire, et vivent désormais Dieu au quotidien.

Pourtant, tout le monde ne fait pas l’expérience de Dieu, et je me sens parfois si proche de ceux qui se disent mécréants ou pour qui les Ecritures ne s’ouvrent pas… Car je dois vous avouer que si je n’avais jamais imaginé rencontrer le chat de ma vie sur Internet, c’est avec le même étonnement que j’accueille la foi qui m’est donnée. Mais en dépit de mon rationalisme et de mon désir permanent de vouloir tout expliquer et analyser, un jour, la Grâce a gratté à ma porte et depuis, je crois que je vis chez elle !


1 Points, 2001
2 L’animal est une personne : Pour nos soeurs et frères les bêtes, Fayard 2014


Paru dans La Vie protestante (Février 2015)