« Prête l’oreille à mes paroles, Seigneur ; discerne mon murmure ;
sois attentif à la voix de ma supplication, mon Roi et mon Dieu,
– car c’est vers Toi que je prie. » (Psaume 5, 2-3)

 

Racine même de la prière : « se tourner vers » … « s’adresser à » … pour demander. C’est à la fois l’enseignement et l’exemple vécu donnés par Jésus : tout confier au Père céleste ; ne jamais se croire « seul », ni « maître », ni « juge », en quelque situation que ce soit. Car la voie spirituelle de Jésus est celle qui tient ensemble cette confession radicale : « De moi-même, je ne peux pas faire même une seule chose. » (Jn 5, 19.30) et « Demandez ! Cherchez ! Frappez ! » ; « Priez sans jamais céder au découragement » (Mt 7, 7 ; Lc 18,1).

Prier, c’est donc en même temps reconnaître son impuissance radicale, et s’abandonner à la confiance en Dieu. Or simplement prendre quelques instants, s’arrêter dans sa course quotidienne, s’asseoir ou s’agenouiller pour « cesser », et se tourner vers le Dieu Vivant, c’est déjà prendre distance avec tous les « élans » – même bien intentionnés – qui se saisissent de nous, et nous poussent à dire ou faire ceci ou cela… L’humain qui progresse sur un chemin d’humilité apprend qu’il ne peut pas faire confiance à ses propres élans, et développe le réflexe de tout porter devant le Seigneur, « dans le secret », au plus profond de son cœur. Le début de Psaume 5 nous met sur ce chemin de confiance, en plaçant sous le regard de Dieu tout ce qui agite notre être, et en lui demandant de discerner. Avec un terme qui inclut tout à la fois le fait de voir, faire attention, prendre en considération, connaître avec intelligence, et même, veiller sur… En n’oubliant pas ce qu’enseigne l’Ecclésiaste : « il y a un temps pour parler, et un temps pour se taire. » (Qo 3,7). Et inversement.

La prière ne consiste pas à « dire à Dieu ce qu’Il doit faire », mais, ayant épanché son cœur sur celui du Seigneur, à entrer dans une écoute profonde. Or pour écouter, il faut se taire. Et alors surgiront, au moment voulu mais encore inconnu, la parole ou l’agir ajustés à ce que la vie demande. Car les Écritures sont formelles : « Jamais Tu n’abandonnes, Seigneur, ceux qui Te cherchent » (Ps 9,10).

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Philippe Rohr, diacre & aumônier

9 juin 2022

 

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