« Soyez perturbés… mais ne péchez pas !
Méditez en vos cœurs, sur votre couche… et tenez-vous tranquilles » (Psaume 4,4)

Ce Psaume no 4 – comme les deux précédents – ne manque pas de reconnaître la réalité de notre condition humaine : tout ce qui nous agite, nous « brasse », nous agresse, nous inquiète. Et il est bon de se souvenir ce que ce mot signifie : la perte de la quiétude ; la perte de la paix du cœur.

Et voici donc un verset qui nous met sur le chemin d’une réponse spirituelle à ce qui nous arrive : ne pas chercher à « répondre par nous-mêmes », par réaction réflexe, à cette « course au mensonge », à cet « amour du néant » dénoncés par ce Psaume (et toujours si répandus, en ce monde…). Ne pas tomber non plus dans le déni – mais accueillir ce que cela provoque, en nous, tout en restant tournés vers notre secours et notre Salut – « Il est bon d’attendre en silence le Secours de l’Éternel », confesse le prophète Jérémie au terme d’un abominable catalogue de souffrances ! (Lamentations, 3, 26).

Or le silence dont il est question ici n’est pas un « bouchon » enfoncé sur nos difficultés, mais un chemin de confiance (de foi réelle) qui nous conduit à ne pas « parler par-dessus » ce qui nous arrive.

Le terme traduit par « tenez-vous tranquilles » peut aussi bien être transcrit par « cessez  » ; « taisez-vous » ; « devenez muets ». C’est-à-dire : continuer de rester attentifs à ce que Dieu « dira » ou montrera à travers le vécu présent, en gardant confiance – et donc, silence.

C’est le chemin de la célèbre « hésychia » des églises orientales – un terme qui signifie précisément « se tenir tranquille, en paix, en repos ». Et, une fois encore, ce silence ne peut pas provenir d’un effort, ou d’une sorte de crispation interne qui ressemblerait à une méthode Coué : « je suis calme… je suis calme… je suis calme… »; non. C’est la paix et le silence du petit enfant qui s’abandonne et s’endort dans les bras de l’être aimé, pleinement rassuré ; comme le dira un autre Psaume. Et comme nous le dit la fin de ce même Psaume 4 : « En paix, je me couche, et je dors – car Toi seul, Seigneur, me fait demeurer en sécurité ».

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Philippe Rohr, diacre & aumônier

26 mai 2022

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