« Je louerai l’Éternel de tout mon cœur ; je raconterai toutes tes merveilles ; en Toi, je me réjouirai ; je serai comblé de joie, et je chanterai ton Nom… » (Psaume 9,1-2)

C’est sans doute la valeur unique du livre des Psaumes de nous rendre continuellement attentifs à cette respiration entre « le dedans » et « le dehors », dans un vie humaine ouverte à la présence du Dieu Vivant. En nous enseignant, par la même occasion, le sens profond de mots omniprésents en Église (et dans les chants) comme « louange » ou « joie »…

Au-dehors, pour ce qui est du visible et du sensible, les Actes des apôtres nous montrent par exemple deux hommes, l’apôtre Paul et son compagnon Silas, « en train de prier et de chanter les louanges de Dieu », en pleine nuit, les fers aux pieds, dans la prison où ils ont été enfermés après avoir été copieusement battus et flagellés (Ac 16, 22-25). Et ce sont d’autres passages des Écritures qui éclairent ce comportement étonnant – en pleine violence – en nous renseignant sur ce qui se passe au-dedans. Car c’est bien du cœur, des tréfonds de notre être, que procèdent nos paroles et nos actes. Là, il nous est rappelé l’importance de veiller sur son propre cœur ; « car de lui viennent les sources de la Vie » (Pr 4,23) ; ce que Jésus ne cesse de rappeler également (Mt 15, 18 ; Mc 7,21 ; Lc 21, 34…). C’est même « le plus grand commandement » donné à notre humanité : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. » (Mt 22, 37 ; Dt 6,5). Autrement dit : notre « travail », pour ainsi dire, sur le plan spirituel, et de veiller à ce qu’aucune autre pensée, aucun autre « souffle » n’habite notre cœur profond sinon l’accueil des grâces de Dieu, de sa Lumière, de sa Fidélité, de son Amour – de manière à ce que cette plénitude spirituelle protège notre âme contre les assauts du mal. C’est parce que Paul et les autres apôtres vivent la Parole du Christ, qui promet la plénitude de sa Paix, de sa Joie, et de l’Amour de Dieu (Jn 14,27 ; 15,11 ; 15,9) en toutes circonstances, que ces hommes peuvent rester porteurs de lumière, en pleine nuit et dans les fers. Et pour nous aussi, « raconter ses merveilles » et « chanter son Nom » nous relie à l’expérience intérieure du secours et de la joie en Dieu.

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Philippe Rohr, diacre & aumônier