« Lorsque mes ennemis reculent, ils trébuchent et meurent en ta Présence »
(Psaume 9,4)

 

L’apôtre Paul en témoigne, lui « qui respirait la menace et le meurtre » (Ac 9,1) avant d’être touché et retourné par le Christ ressuscité : « Christ est notre Paix » (Ep 2,14). Une Paix donnée, comme l’affirme Jésus lui-même. Une Paix qui ne sera pas reprise, car elle n’est pas « négociée ». Jésus dit littéralement : « Je vous donne ma Paix, je vous l’abandonne » (Jn 14,27). Dès lors, si nous consentons à l’invasion de cette Paix dans notre être profond, dans toute notre vie, dans toutes nos relations, notre rapport au monde est totalement retourné : « Dans quelque maison que vous entriez, dites d’abord « Paix sur cette maison ! », enseigne Jésus (Lc 10,5). Car cette Paix n’est pas passive, mais proactive, spirituellement et humainement : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent » (Mt 5,44).

Enracinés en Christ, le verdict est simple et radical : un(e) chrétien(ne) n’a pas d’ennemis.

Pourtant, en toute honnêteté, nous savons bien quels combats furieux se livrent en nous-mêmes, aux prises avec cette vérité spirituelle. Nous savons à quel point il nous est impossible par nous-mêmes de discerner et distinguer « le mal » du « malfaiteur », et de nous souvenir que le malfaiteur reste un humain, rigoureusement comme chacune et chacun de nous – mais plus pauvre que nous, puisque le mal est passé par cet humain. Quel malheur !

Or ce verset du Psaume 9 nous rappelle à sa manière que l’origine de tout mal est spirituelle : avant quelque déferlement de violence que ce soit, tout commence dans le cœur de l’homme, par les insinuations de pensées mauvaises, biaisées, trompeuses et dangereuses ; par des réactions totalement inadéquates aux problèmes qui se posent. Là est le seul ennemi, dans la foi : cette « ombre mortelle » qui vient enténébrer l’œil de notre cœur.

Sous cet angle, ce verset nous montre l’ennemi qui (1) recule, car il ne peut tenir devant la Lumière de la Parole de Dieu, puis (2) s’effondre et meurt (s’évapore…), car la Parole ouvre le chemin à la prière profonde, qui est ouverture à la Présence de Dieu, où aucune haine ne peut survivre (1 Jn 2, 10-11).

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Philippe Rohr, diacre