« Dans l’angoisse, Tu mets au large mon âme… » (Psaume 4,2)

Voici un verset qui nomme l’expérience profonde de l’humain, en ce monde : tous les mouvements obscurs qui peuvent se saisir du cœur, et le remuer, le compresser, le torturer, l’étouffer. Car si certaines réalités sont extrêmement difficiles à affronter, au dehors, l’état intérieur dans lequel cette réalité nous met rend les choses encore beaucoup plus difficiles. Bien souvent.

Raison pour laquelle le Christ, notre Maître, insiste tout au long des Évangiles : « que votre cœur ne se trouble pas » (Jn 14,1) ; « qu’il ne se laisse pas effrayer » (Jn 14,27) ; « en ce monde, vous connaîtrez l’écrasement (sens littéral de « tribulation »), mais que votre confiance se fortifie : j’ai reçu la Victoire sur le monde. » (Jn 16,33). Or le « chemin de Victoire » que Jésus nous enseigne, quand notre âme est fortement compressée, est celui qu’il pratique lui-même. Et sa Parole nous délivre de toute culpabilité, lorsque nous sommes angoissés : car, certes, « l’esprit est ardent ; volontaire, bien disposé », mais voilà : « la chair est faible », sans aucune force propre sur le plan spirituel (Mt 26,41).

Et ainsi Jésus lui-même reconnaît, par exemple en Jn 12,27 : « Maintenant, mon âme est troublée ! ». Une angoisse proprement mortelle, qui forcira jusqu’à lui faire transpirer du sang, dans la terrible nuit de Gethsemani. Et que fait alors le Fils de l’Homme ? Exactement ce qu’Il nous enseigne : « prier toujours, sans perdre cœur » (Lc 18,1), littéralement, sans laisser le mal entrer dans le cœur. Et ainsi l’Écriture nous rapporte que, lors de ce grand combat nocturne, « un ange lui apparut, pour le fortifier – et étant en agonie (littéralement : dans le combat « à la vie, à la mort »), il priait de façon encore plus intense. » (Lc 22,43-44). Recevant manifestement le secours nécessaire, puisque lorsqu’une troupe nombreuse surgit pour se saisir de lui, l’aplomb de Jésus de Nazareth et sa parole nue firent tomber à terre tous ces gens en armes (Jn 18,6). Aucun doute : la seule victoire, à la suite du Maître, est l’abandon total et inconditionnel à l’Amour du Père, et à sa Volonté, une fois celle-ci discernée. Et c’est justement l’objet du combat de la prière : ne pas se laisser embarquer par les premiers élans venus. Une fois ce discernement reçu, par la grâce de Dieu, le cœur peut s’écrier : « Mon âme, retourne à ton repos, car l’Éternel t’a fait du bien. » (Ps 116,7).

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Philippe Rohr, diacre & aumônier

19 mai 2022

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