Commentaire de Philippe Reymond pour un culte en EMS, issu de la prédication faite au temple de Vandœuvres le 24 avril 2016:
Actes 27. 33-36:

« En attendant l’arrivée du jour, Paul (sur le bateau qui était pris dans une tempête) invita tous les passagers à prendre de la nourriture : « C’est le quatorzième jour que vous attendez d’accoster sans avoir mangé, et vous ne mangez rien. Je vous engage donc à reprendre de la nourriture, car il en va de votre salut. Une fois encore, je vous le dis, aucun d’entre vous ne perdra aucun cheveu de sa tête. »
Sur ces mots, il prit du pain, il rendit grâce à Dieu, en présence de tous, il le rompit et se mit à manger.
Tous alors, reprenant courage, se sont alimentés à leur tour. »

Prédication:

Ce serait trop long de vous lire le récit de ce voyage en mer sur un bateau pris dans une tempête. C’est une belle histoire, un épisode de la vie de Paul très instructifs pour nous. Paul qui était alors prisonnier des romains fut embarqué avec d’autres prisonniers à bord d’un bateau partant d’un port en face de l’île grecque de Lesbos à destination de Rome. Mais très vite, pas très loin des côtes de la Crète, une petite brise se leva d’abord, qui devint très vite un vent d’ouragan. Malgré tous les efforts de l’équipage le bateau risquait de chavirer, parce qu’il dérivait toujours plus dangereusement. Vous imaginez la panique à bord, surtout que le bateau dérivait déjà depuis presque deux semaines. C’est dans cette situation catastrophique, en pleine nuit noire, que Paul a cette idée plutôt saugrenue d’inviter tous les passagers à manger la moindre. Drôle de proposition, parce que quand on est sur un bateau chahuté par les vents méchants sur une mer démontée, on a plutôt le mal de cœur et pas du tout envie de prendre une petite collation.

Si vous regardez un peu les informations à la télévision ou lisez les nouvelles dans le journal, vous avez sans doute entendu parler de ces multitudes de réfugiés qui fuient leurs pays en guerre pour tenter de rejoindre l’Europe, mais dont des milliers embarqués sur d’épouvantables rafiots sont morts noyés.

Quand bien même votre situation d’existence aujourd’hui n’est en rien comparable à celle de Paul et des autres prisonniers, ni à celle de ces réfugiés, il peut y avoir quelques ressemblances, parce que vous êtes ballotés par des circonstances contraires, sans trop bien savoir où tout cela va vous mener. Dans ces périodes si difficiles, souvent douloureuses, nous avons l’impression d’être perdus, qu’il n’y a plus personne à bord qui soit en mesure de guider notre barque. Sentiment d’épouvante, angoisse et désespoir. Il m’arrive souvent de demander aux personnes qui comme vous habitent dans un EMS si elles ont plaisir à manger. Or, très souvent les gens me répondent qu’ils n’ont plus de goût à manger, en d’autres mots que leur situation de vie leur coupe l’appétit.

Alors, si c’était à vous aussi, bien qu’en d’autres circonstances, que Paul s’adresse aujourd’hui, ne vous disant : « Mangez un peu, une petite morse, car vous en avez besoin. Et puis, par dessus tout, faites confiance à Dieu, car malgré les difficultés aucun cheveu de votre tête ne se perdra ! »

Quand les jours sont difficiles, qu’on ne voit pas où ni comment on pourrait s’en sortir, il faut accepter de manger la moindre. Pas seulement du pain ou de la viande, mais de la Parole que Dieu nous donne, du pain de vie. La sainte Cène est là qui nous le rappelle, c’est Dieu qui nourrit notre corps et notre âme de ce dont nous avons besoin pour tenir le coup.

On vous a apprit depuis votre enfance à ne pas manger en premier, mais à attendre que tout le monde autour de la table soit servi. Alors vous êtes peut-être un peu surpris par le manque de savoir vivre de Paul, puisqu’il se met à manger le premier. En fait il ne se jette pas sur la nourriture, mais il commence par rendre grâce à Dieu, c’est-à-dire qu’il remercie Dieu pour le don de ce pain de vie qu’Il lui donne. Ce pain qu’il reçoit il va pouvoir ainsi le partager avec les autres prisonniers et les marins. Car, on ne peut donner aux autres que ce que l’on a d’abord reçu.

Grâce à ce pain reçu, puis partagé avec tous, chacun peut alors se nourrir à son tour et reprendre courage.