Prédication du pasteur Philippe Golaz
Réf. biblique : Romains, chapitre 6, versets 1 à 18

Texte biblique : Romains, chapitre 6, versets 1 à 18

1Que faut-il en conclure? Devons-nous continuer à vivre dans le péché pour que la grâce de Dieu soit plus abondante? 2Certainement pas! Nous sommes morts au péché: comment pourrions-nous vivre encore dans le péché? 3Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés pour être unis à Jésus-Christ, nous avons été baptisés en étant associés à sa mort? 4Par le baptême, donc, nous avons été mis au tombeau avec lui pour être associés à sa mort, afin que, tout comme le Christ a été ramené d’entre les morts par la puissance glorieuse du Père, nous aussi nous vivions d’une vie nouvelle.

5En effet, si nous avons été unis à lui par une mort semblable à la sienne, nous serons également unis à lui par une résurrection semblable à la sienne. 6Sachons bien ceci: l’être humain que nous étions auparavant a été mis à mort avec le Christ sur la croix, afin que notre nature pécheresse soit détruite et que nous ne soyons plus les esclaves du péché. 7Car celui qui est mort est libéré du péché. 8Si nous sommes morts avec le Christ, nous sommes convaincus que nous vivrons aussi avec lui. 9Nous savons en effet que le Christ, depuis qu’il a été ramené d’entre les morts, ne doit plus mourir: la mort n’a plus de pouvoir sur lui. 10En mourant, il est mort par rapport au péché une fois pour toutes; mais maintenant qu’il est vivant, il vit pour Dieu. 11De même, vous aussi, considérez-vous comme morts au péché et comme vivants pour Dieu dans l’union avec Jésus-Christ.

12Le péché ne doit donc plus régner sur votre corps mortel pour vous faire obéir aux désirs de ce corps. 13Ne mettez plus les diverses parties de votre corps au service du péché comme instruments du mal. Au contraire, offrez-vous à Dieu, comme des êtres revenus de la mort à la vie, et mettez-vous tout entiers à son service comme instruments de ce qui est juste. 14En effet, le péché n’aura plus de pouvoir sur vous, puisque vous n’êtes pas soumis à la loi mais à la grâce de Dieu.

Au service de la justice

15Mais quoi? Allons-nous pécher parce que nous ne sommes pas soumis à la loi mais à la grâce de Dieu? Certainement pas! 16Vous le savez bien: si vous vous mettez au service de quelqu’un pour lui obéir, vous devenez les esclaves du maître auquel vous obéissez; il s’agit soit du péché qui conduit à la mort, soit de l’obéissance à Dieu qui conduit à une vie juste. 17Mais Dieu soit loué: vous qui étiez auparavant esclaves du péché, vous avez maintenant obéi de tout votre cœur au modèle présenté par l’enseignement que vous avez reçu. 18Vous avez été libérés du péché et vous êtes entrés au service de ce qui est juste.


Thème : La liberté

Parmi les désirs, les attentes, les valeurs cardinales de l’occident moderne, on trouve la liberté. Chacune et chacun rêve de liberté, de toujours plus de liberté. Le marketing l’a bien compris. Les entreprises de toutes sortes utilisent cet angle d’attaque pour nous faire adopter leurs produits. On repousse toujours plus les limites. On veut pouvoir téléphone sans limites, voyager sans limites, dépenser sans limites, skier sans limites. Sans limites et sans contraintes. Et ce modèle de marketing cartonne parce qu’aucun de ces produits n’est capable de satisfaire notre soif de liberté sur le moyen ou long terme. Soit nos vacances prennent fin, soit nous atteignons rapidement de nouvelles limites que nous demandons alors à pouvoir repousser ou dépasser. Et à chaque fois, ces libertés ont un coût, et c’est à nous de les assumer. Tu veux plus de liberté avec ton smartphone ? Alors il te faut soit en acheter un nouveau, soit souscrire un abonnement plus cher ! Plus de liberté dans tes vacances ? Il te faudra partir plus loin ou prendre un hôtel avec plus d’étoiles, et donc plus cher aussi. On se heurte alors aux limites de nos finances, et on rêve à plus d’argent pour pouvoir enfin être libre. C’est l’acteur Jim Carrey qui a dit qu’il voudrait que tout le monde puisse être infiniment riche, afin que chacun puisse se rendre compte que cela ne suffit pas. Que même là, notre soif de liberté n’est pas satisfaite. Car à chaque étape, nous nous rendons prisonniers de quelque chose d’autre. Que nous serons toujours prisonniers de quelque chose de plus grand que nous. L’argent, le pouvoir, la réputation, notre apparence, etc. 

On retrouve la même logique dans notre rapport à notre corps. On veut être libre de faire ce que l’on veut avec son corps. On milite pour une totale liberté dans nos manières de vivre nos sexualité, nos relations, d’habiter et d’exprimer ce que nous comprenons comme notre identité qu’elle soit ethnique, politique, de genre ou sociale.

On peut résumer ainsi : nous vivons tous pour quelque chose qui vient donner un sens et de la valeur à nos existences. Ces choses deviennent nos maîtres spirituels. 

C’est ce dont Paul parle au verset 12 quand il nous encourage à ne pas obéir aux convoitises de nos corps mortels. Le mot grec qui est traduit ici par « convoitise » est ΕΠΙΘΥΜΙΑ. Littéralement : un désir désordonné pour de bonnes choses. C’est lorsque nous donnons trop d’importance à quelque chose qui en soi est bon. Car tout ce que j’ai mentionné au début sont de bonnes choses en soi.

Je vous propose trois tests pour nous aider à savoir si nous avons une relation excessive à quelque aspect de nos vies.

Colère

Si nous sommes empêchés d’avoir quelque chose de bon, nous sommes fâchés. Mais si cette chose est une chose « ultime », nous sommes « epi » fâché, nous entrons dans une colère noire.

Peur

Si quelque chose de bon est menacé, nous sommes inquiets. Mais si cette chose est sur-investie, nous sommes alors terrifiés. Paralysés par la peur.

Tristesse

Si nous perdons quelque chose de bon, nous en sommes attristés. Mais si cette chose est une chose utile pour nous, nous nous retrouvons alors atterrés, incapables de vivre.

Si nous réagissons de manière excessive à la perte, la menace ou l’empêchement d’avoir une chose qui est bonne, c’est que nous avons un rapport déréglé à elle. Et si nous suivons aveuglément les désirs de notre coeur, si ce que nous cherchons c’est la liberté de suivre nos désirs, non seulement nous ne serons jamais satisfaits, mais nous nous éloignerons toujours plus de Dieu et de la vie éternelle.

Jésus raconte une parabole qui peut nous aider à comprendre cela. C’est la parabole du fils prodigue, ou des deux fils. Un homme avait deux fils. Le plus jeune se dit : « je veux être libre de faire ce que je veux, comme je le veux et quand je le veux. » Il demande alors à son père sa part d’héritage et s’en va. Il dilapide son argent à satisfaire les désirs de son coeur et se retrouve rapidement sans argent. Il se met alors au service d’un éleveur de porcs. Je vous rappelle que Jésus parle dans un contexte juif, où le porc est un animal impur. Ce maître n’est pas un bon maître car il traite les animaux mieux qu’il traite ce jeune homme. Il décide alors de retourner chez son père pour le supplier de le prendre comme serviteur, car il sait qu’il sera bien traité là-bas. Mais le père le reçoit non pas comme serviteur, mais comme fils, et l’installe à nouveau dans sa place de fils avec tout ce que cela implique.

On peut alors imaginer une suite à l’histoire, en regard de Romains 6. 

On peut imaginer qu’après quelques temps chez son père, il souhaite à nouveau satisfaire les désirs de son coeur, et repartent profiter de quelques semaines ou mois de liberté en se disant : de toute façon, je serais reçu avec joie par mon père lorsque je reviendrai. On se dirait que ce jeune homme n’a vraiment pas les yeux en face des trous et qu’il ne réalise pas qu’il a tout intérêt à rester avec son père. 

C’est ainsi que l’on peut parfois raisonner avec Dieu. Car après tout, Dieu fait grâce, il pardonne, il nous aime. Alors je peux bien être libre de faire ce que je veux, de suivre mes désirs, car Dieu me recevra de toute façon. Et je n’ai pas à me sentir coupable de vivre comme je l’entend, moi

A cela, Paul répond en Romains 6 que Dieu fait plus que nous libérer de la culpabilité ou de la condamnation. Il nous libère du pouvoir du péché, il nous libère du pouvoir de ces maîtres spirituels que nous avons pu nous donner. Paul utilise alors le vocabulaire de l’esclavage. 

Il ne faut pas s’imaginer ici l’esclavage moderne. Dans l’antiquité, lorsque quelqu’un avait trop de dettes, il pouvait librement se constituer esclave afin d’être libéré de sa dette. Et quand la dette était considérée compensée, il était à nouveau libre. Et donc, lorsqu’un esclave était racheté, à savoir lorsque sa dette était payée, il aurait été absurde qu’il continue à servir son ancien maître et qu’il continue à se comporter en esclave alors même qu’il avait été libéré. Un homme libre n’a pas à se comporter en esclave.

Pourquoi alors est-ce que nous continuons à nous comporter et à vivre comme si nous étions encore esclaves de nos anciens maîtres, alors même que nous en avons été libérés ? Pourquoi résistons-nous à l’idée d’être serviteurs de Dieu ? 

Il y a quelque chose en nous qui résiste à cela, qui résiste à ce que nous devenions serviteurs de Dieu. 

Quelque chose en nous dit que si nous nous offrons à Dieu, alors il abusera de nous, comme l’ont faits les autres maîtres spirituels auxquels nous étions soumis. Cette voix nous dit que c’est même bien plus dangereux, car les maîtres de ce monde ont un pouvoir limités sur nous, on a en tout cas l’impression de pouvoir contrôler l’emprise qu’ils exercent sur nous. Mais Dieu ? Je sens bien que je ne peux pas exercer de pouvoir sur Lui, mais que Lui a tout pouvoir. Alors j’ai peur de perdre toute liberté, même illusoire. C’est le mensonge qui a été introduit en Eden et qui continue aujourd’hui à nous être servi sous toutes sortes de formes.

C’est à la croix que nous découvrons la résolution de cette tension. Car à la croix, celui qui a tout pouvoir, celui qui est maître de toutes choses, lorsqu’il voit l’humanité soumise à tant de mauvaises choses, devient lui-même serviteur. En Philippiens 2 Paul le dit en ces termes : « Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres. Ayez en vous la pensée qui était en Christ-Jésus, lui dont la condition était celle de Dieu, il n’a pas estimé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais il s’est dépouillé lui-même, en prenant la condition d’esclave, en devenant semblable aux hommes ; après s’être trouvé dans la situation d’un homme, il s’est humilié lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort sur la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. »

Non seulement nous avons été libérés de nos anciens maîtres, mais nous n’avons même pas eu à payer le prix de cette liberté, car Dieu l’a fait à notre place. Rien de ce monde que nous adorons ne fait cela pour nous. Au contraire. Et lorsque nous nous présentons devant Dieu pour le servir, ce n’est pas en esclave qu’il nous reçoit mais, à l’image du père dans la parabole des deux fils, il nous reçoit en tant que ses filles et ses fils.

Vous savez, il y a deux manières d’être millionnaire. La première méthode c’est de travailler dur et longtemps pour y parvenir. La deuxième méthode, c’est d’épouser quelqu’un qui a travaillé dur et longtemps à cela. Cette deuxième personne devient riche par union. 

Nous pouvons travailler dur et longtemps pour atteindre la vraie liberté, mais nous n’y arriverons jamais vraiment. Nous pouvons aussi nous unir au Christ, et recevoir cette liberté en héritage. Comme le fils prodigue qui reçoit son héritage, et bien qu’il le dilapide, il est réintroduit en tant que fils, dans son héritage lorsqu’il se présente devant son père avec un coeur repentant.

Cette liberté, c’est notre héritage à nous qui avons été baptisés en Jésus, à nous qui sommes morts et ressuscité avec Lui. Nous sommes des fils et des filles de Dieu, encore nous faut-il vivre selon cette nouvelle identité. Ce n’est pas tous les jours faciles. Sans cesse nous sommes tentés de revenir à d’autres maitres spirituels. Et nous avons besoin de nous rappeler que Dieu, qui est notre Père, est le seul maître à être vraiment bon. Romains 6 n’arrête pas de mélanger des affirmations sur qui nous sommes 

« nous avons été baptisés en Jésus Christ »

« nous savons que notre vieille nature a été crucifiée avec lui »

« vous n’êtes pas sous la loi, mais sous la grâce. »

« Libérés du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice »

Et des encouragements à vivre selon notre nouvelle réalité, notre nouvelle identité :

« nous vivrons aussi avec Christ »

« Que le péché ne règne donc pas dans votre corps mortel, et n’obéissez pas à ses convoitises »

« livrez-vous vous-mêmes à Dieu, comme des vivants revenus de la mort, »

C’est là toute la tension qu’expérimente le chrétien. D’un côté il se sait mort au péché et vivant pour Dieu en Jésus-Christ, et de l’autre il expérimente la tentation de vivre en dehors de Dieu sous le couvert d’une prétendue liberté.

Mais la seule vraie liberté, c’est en Dieu seul qu’elle est trouvée. En servant Dieu seul nous sommes libres de tous nos esclavages. 

AMEN

 

Bénédiction

 Nous avons été ensevelis avec Christ dans la mort par le baptême, afin que, comme Christ est ressuscité d’entre les morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions en nouveauté de vie. 

Allons dans la paix et la liberté qui nous est offerte en Jésus Christ

AMEN