« Juge-moi, Seigneur ! Toi qui sondes les cœurs et les reins… » (Psaume 7,9-10)

Encore une autre demande extraordinaire de l’humain en prière, dans ce Psaume, qui nous enseigne un chemin sûr, en matière de discernement. D’abord, en nous renvoyant immédiatement au sens premier et profond de la notion de jugement – qui n’a pas pour but « de condamner, de punir et d’envoyer en prison » , mais d’y voir clair. Il y a en araméen (langue de Jésus), dans la racine de ce terme, la notion de « devenir limpide ». Dans la Bible des apôtres, la « Septante » (LXX), en grec, cette notion est encore plus explicite, puisqu’elle comprend : « séparer – trier – choisir – trancher – décider ».

On ne pourrait mieux résumer les pas que nous avons à faire, chaque jour de notre existence, puisque nous avons sans cesse à nous positionner, face aux pensées, émotions / pulsions, choix, paroles, actes, comportements possibles. Face à cette « mer toujours en mouvement », la foi confesse avec humilité que nous ne pouvons pas nous fier en nous-mêmes. Voyant combien nous sommes si souvent induits en erreur par notre propre jugement (ce que Calvin, par exemple, confesse de façon radicale, voir le no 165 du recueil traditionnel protestant « Psaumes et Cantiques »).

C’est pourquoi l’être humain prie; c’est pourquoi il demande à un Autre la Lumière spirituelle en laquelle tout examiner en vérité et dans l’amour (cf. Ps 85, 10). Demander au Seigneur à être jugé est donc un acte d’humilité et de confiance en Dieu ;  c’est prier comme David « Oh ! tombons entre les mains de l’Éternel, car ses compassions sont immenses ; mais que je ne tombe pas entre les mains des hommes ! » (2 Sam 24,14). En fait, demander au Seigneur « juge-moi ! » procède de la même confiance que de lui demander « sauve-moi ! », puisqu’il s’agit d’être délivré de tout ce qui ne conduit pas à la vie, à cette vie spirituelle que Dieu veut nous conserver au-delà même des épreuves du mal et de la mort, comme nous le montre le chemin du Christ. C’est donc une vraie grâce de désirer et demander ce jugement / discernement / correctif de Dieu, avant le Jugement Dernier, où, enseigne Jésus, il sera trop tard pour le faire (cf. par ex. Mt 25, 10-12 ; 7, 22-23 ; Lc 16, 19 à 31 ; Ap 22, 15…).

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Philippe Rohr, diacre & aumônier

28 juillet 2022