Marie Cénec, pasteure à Champel-Malagnou et à l’Espace Fusterie
Pierre Wazem, illustrateur


illustration-meditation-avril-2015Travail, effort, volonté, détermination, persévérance : voici les ingrédients essentiels pour qu’un projet se réalise. Pour garantir la croissance d’une entreprise ou le développement d’un talent, c’est toute la personne qui doit se mobiliser. Par la convocation de toutes ses énergies, l’être humain peut influencer son environnement, laisser une empreinte, une trace. Puissance de l’intelligence humaine, force de son action : admiration.

Mais tout peut être remis en question très rapidement, il suffit d’une crise financière, d’un plus fort que soi. La compétition est rude, le piédestal de la renommée est souvent branlant, un coup du sort peut faire vaciller la plus forte des personnalités. Parfois, c’est de soi que vient la faiblesse, quand la puissance du corps ou celle de l’esprit s’amenuise et que se fendille le masque social. C’est alors que l’on prend conscience que l’expression populaire « si l’on veut, on peut » ne se vérifie pas toujours. Dans certaines situations, on ne peut pas grand-chose et, confronté à la faillite de toutes nos entreprises velléitaires, on tombe de haut.

Quand on se retrouve à terre, on peut se plaindre et pleurer sur la perte de nos illusions de puissance. Mais on peut aussi profiter d’être assis au raz du sol pour observer un brin d’herbe, une fleur, ou pour se mettre à la hauteur d’un petit enfant. Bien en contact avec le sol, s’essayer à cet exercice : fixer son attention sur ce que nous ne pouvons pas influencer et observer ce qui peut grandir sans nous, de manière spontanée.

Dans cette posture d’humilité, nous devenons spectateur du mystère de la vie qui se déploie. Dans la parabole du grain qui pousse tout seul, la force de développement ne dépend pas de l’être humain. Que ce dernier « dorme ou qu’il veille »1, la semence croît. Ainsi, dans la vie spirituelle, la volonté et l’ascèse sont toujours secondaires, l’être spirituel sait qu’il ne peut contraindre le réel – ce serait aussi stupide que de tirer sur les feuilles d’une plante ou les cheveux d’un enfant pour forcer sa croissance ! Il se doit de rester dans la posture de l’observateur conscient que ce qui doit croître, croît malgré lui. Ainsi, on parle de « quelque chose qui devait se faire », d’un « succès inattendu », d’une « réussite miraculeuse ».

Il ne faudrait pas avoir à attendre l’échec ou la chute de nos ambitions pour prendre cette posture d’attention et d’observation. Les jours où l’on est en pleine possession de ses moyens, il est bon de méditer et de s’asseoir pour garder le contact avec la terre, nourrir cette humilité intérieure et garder à l’esprit qu’« il y a dans le coeur de l’homme beaucoup de pensées, Mais c’est le dessein de l’Eternel qui s’accomplira2».

Méditer dans l’abandon confiant à Dieu et au silence permet d’accepter au plus profond de soi « que Sa volonté soit faite ». Mais que nous reste-t-il à accomplir une fois sorti de cette humble assise ? Peut-être rien d’autre que de nous remettre debout et d’aller là où l’Esprit nous mène, rester dans ce mouvement qui nous porte et nous dépasse, et qui nous permet d’éclore à l’inattendu de Dieu…


1 Marc 4, 27
2 Proverbes 19, 21


Paru dans La Vie protestante (Avril 2015)