Culte de la Restauration 2018, Saint-Pierre
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« L’audace de l’espoir.
Voilà le meilleur de l’esprit [qui est le nôtre/qui nous guide] ;
avoir l’audace de croire, malgré toutes les indications contraires, que nous pouvions restaurer un sens
de la communauté au sein d’une nation déchirée ;
l’audace de croire que malgré des revers personnels (…)
 nous avions quelque emprise – et par conséquent une responsabilité sur notre propre destin.” (Barack Obama)


Ces mots pourraient avoir été prononcés il y a 200 ans passés, lors de la Restauration de la République que nous commémorons ce jour d’une cérémonie civile et d’un culte. Il le pourraient car ils disent assez bien le sentiment de déchirement ressenti par les Genevoises et les Genevois d’alors, rattrapés par une histoire politique révolutionnaire qui n’était pas tout à fait la leur – à laquelle du moins ils n’arrivaient pas à se faire, malgré des traits positifs amené quand même par la gouvernance française et l’annexion.

Non, ces mots sont bien plus récents et ne parlent pas de nous: ils sont de Barak Obama, mais pointent vers un enjeu fondamental qui traverse les particularismes nationaux ou locaux: celui de « restaurer un sens de la communauté au sein d’une nation déchirée », tiraillée, prise en tension, et c’est là un enjeu constant à mesure qu’une société se diversifie et devient plus complexe, c’est-à-dire tentée de morceler les identités qui la constituent au lieu de les lier.

Restaurer un sens de la communauté, voilà qui va bien à l’ambition de nos Eglises protestante, catholique chrétienne et catholique romaine, associées d’histoire et de cœur dans le destin moderne de Genève, et ici en connivence et amicale complicité pour vous accueillir au nom de Dieu, dont le souffle vous a – et vous en êtes peut-être les premiers surpris – conduits jusqu’ici.

Bienvenue fraternelle à vous,
qui exercez dans notre République (ou dans notre pays) des responsabilités politiques, judiciaires, diplomatiques, militaires, associatives, ecclésiales ou religieuses, académiques – bref à vous qui contribuez au tissu et à l’unité de Genève.

Bienvenue fraternelle à vous,
qui êtes familiers de ce rendez-vous comme vous l’êtes peut-être de l’Escalade ou du Jeûne genevois,
ou simplement curieux d’avoir été réveillés au canon (il en aura fallu 23 quand même) et de vous réfugier ici.

Bienvenue fraternelle à vous toutes et tous,
qui êtes les hôtes d’un moment, quelles que soient vos convictions, tandis que nous vivons dans une société plurielle, bien plus diversifiée que le clivage confessionnel qui accompagna la Restauration de fin 1813/début 1814.

Loin des polarités d’antan, avec des identités apaisées et réconciliées, nous vous accueillons ce matin à trois: avec Aurélie Ethuin Lanoy et Pascal Desthieux, nous nous réjouissons de partager ce moment traditionnel et important avec vous.

Se joignent à nous Vincent Thévenaz à l’orgue, et le Corps de musique de Landwehr sous la conduite musicale de Jean-Christophe Monnier, qui les uns et les autres vous offriront comme de coutume un supplément de notes et d’émotions dehors, après ce temps de recueillement et de réflexion.

C’est mon ami Pascal, vicaire épiscopal, qui va maintenant nous accompagner dans la prière à l’ouverture de ce culte.


Prière

Seigneur Dieu,

Tu nous vois assemblées ici même comme bien des générations de Genevoises et de Genevois avant nous, pour dire une reconnaissance et une inquiétude.

La reconnaissance pour ce qu’on su accomplir nos aïeux, ou ce qui aura été accompli malgré eux, pour le destin positif de Genève et de sa région. Le chemin fut long, souvent rude et hésitant, mais tu as travaillé les cœurs et les intelligences pour promouvoir l’installation d’une paix sereine des convictions et des identités.

L’inquiétude pour te remettre notre souci de trop bien faire, notre besoin de loyauté ou de perfection pour l’amour de ton nom et pour la passion envers nos Eglises ou notre patrie, qui ont pu nous conduire bien loin déjà, et qui reviennent parfois charger nos épaules en vain. Apprends-nous à nous désinquiéter de nous-mêmes pour nous tourner vers toi.

Car nous confessons ta sagesse, qui a permis que des femmes et des hommes, publiquement ou discrètement, aient patiemment construit l’unité de notre patrie – une unité plurielle, riche, intense, belle…

Aujourd’hui, nous prenons un temps pour nous rappeler cette histoire et ses enjeux, et nous nous remettons au souffle de ton Esprit, pour que cette histoire demeure vivante et non figée, processus et non idéal, car tu es le Vivant, et tu règnes avec douceur et détermination sur nos vies pour les conduire à ta Présence et à ton Avenir.

Oui, en confiance, viens toi-même restaurer nos vies, car ta grâce nous saisit là où nous pourrions oublier l’étendue de ton amour pour tous.

Béni sois-tu pour ta fidélité, d’âge et âge,

Amen.


Bénédiction

PD: Que Dieu vous bénisse et vous garde.

Qu’il fasse de chacun, chacune de vous une bénédiction pour autrui au fil de cette année qui vient.

AEL: Que le Souffle de Dieu restaure en nous ce qui se trouve contrarié et fragilisé, et qu’il affermisse ce qui a besoin d’être soutenu pour être pleinement inscrits en communauté de vie.

BM: Qu’ainsi restaurés nous soyons, dans nos responsabilités politiques, ecclésiales, professionnelles ou personnelles, les artisans de mots et de gestes pacifiants et nécessaires.

Tous: Et dans la paix du Christ, nous vous disons: « Bonne année ! » Amen