Dieu, source de la paix

Une parole rabbinique affirme qu’un des noms de Dieu est Shalom, la paix, et la prière juive rappelle que Dieu est la véritable source de la paix. Lorsque dans les jours de l’automne, le juif va vers la synagogue à l’approche du Jour de l’an et du Grand Pardon, il parle de Dieu comme Roi de la paix et surtout comme source de la paix. La véritable paix n’est pas humaine, elle est de source divine, car la paix est un état inconnu où plus rien n’est comme aujourd’hui, où l’entraide remplace l’indifférence, où l’échange supplante la concurrence et la concorde fait oublier l’adversité. Prier pour la paix c’est penser ce temps, c’est déjà le faire advenir, c’est le rapprocher de nous, c’est se rapprocher de la vie de demain.

Prier pour la paix c’est, comme l’affirme un rabbin du XIXe siècle, retrouver une part de notre humanité en nous rappelant que Dieu n’a pas créé l’homme et la femme pour introduire les dissensions, les luttes et les conflits, mais pour construire un monde qui ressemblerait au projet divin, où chacun trouverait sa place et participerait à l’existence de tous, hors de toute violence et de toute tension.

Dans le rituel juif, soir et matin Dieu est invoqué et la paix espérée. Le soir, nous sommes invités à la construire. La paix se fait et se construit, et prier pour la paix c’est se préparer à la construire car sinon les mots deviennent vides de sens et notre foi une fourberie.

Mais la paix comment y arriver sinon en pensant la Rédemption, c’est-à-dire ce qui est encore du domaine de la virtualité ? Le Talmud affirme que, lorsque nous mourrons, une question nous sera posée : as-tu espéré la Rédemption ? Car penser la paix, c’est penser la Rédemption. Tout est lié. La croyance en Dieu est l’affirmation de la possible venue de la paix pour tous et l’affirmation de la venue pour tous est une affirmation ou une allusion à Dieu.

La prière juive se conclut toujours par la phrase : “Celui qui fait la paix dans Ses hauteurs établira la paix sur nous, sur tout Israël, sur tous les peuples”, car la paix est impensable et impossible pour les uns sans être ressentie et vécue par les autres. Penser la paix pour soi c’est donc penser la paix pour l’autre et se rappeler à cette occasion qu’il est notre semblable.

La paix n’est pas encore, mais elle ne pourra pas ne pas advenir, car un jour chacun reconnaîtra en l’autre son semblable et la paix s’installera. Alors Dieu, notre Créateur commun, se réjouira et dira : “Mes enfants sont arrivés chez Moi.”

François Garaï