« Par la bouche des bébés, des enfants qui sucent le lait,
Tu as établi les fondements de ta puissance, contre tes adversaires ;
pour conduire au silence l’ennemi assoiffé de vengeance… » (Psaume 8,3)

Cette Parole-ci nous dit avec d’autres mots ce que Jésus proclame au sortir de l’épreuve du désert : « Laissez-vous renverser ! » (Mc 1,15) – consentez à ce renversement complet des façons de voir, de penser et d’agir, en revenant à Dieu ! Pourtant, ce verset du Psaume 8 semble ridicule – n’ayons pas peur de le dire – face au déferlements d’agressivité et de violences que l’Histoire humaine comporte.

Parce que le renversement total et urgent qu’annonce le Christ n’est pas extérieur ; il ne vise aucune révolution sanglante, mais vient nous chercher au-dedans, avec cet enseignement radical des Évangiles : « De moi-même, je ne peux rien ! », comme l’affirme Jésus ; « pas même une seule chose ! » (Jn 5,30.19).  La porte d’entrée de la vraie Paix, celle qui n’est pas juste une trêve (plus ou moins longue) entre deux guerres, est la reconnaissance de notre impuissance. Ce que nous confessons à la fin de chaque Notre Père : « … car c’est à Toi qu’appartiennent, le Règne, la Puissance et la Gloire ». Mais au fond du cœur de l’humain, il y a aussi d’autres suggestions, qui lui proposent de régner à la place de Dieu, et de posséder gloire et richesses (cf. Mt 4, 9 ; Lc 4,6 ; Gn 3,5). Et c’est là, face à cette adversité spirituelle, que ce verset de Psaume nous offre toute sa force, en nous appelant à entrer dans la pleine confiance de pouvoir être des « tout petits », sans peur, sans honte et sans danger.

Car Jésus ne cesse de nous montrer que Dieu est pour nous ce vrai Père bienveillant et immortel, qui n’est pas moins « Mère », puisque nous pouvons sucer le lait de sa Sagesse et de son Amour, et ainsi recevoir la paix du cœur, dans un monde toujours en proie à mille violences. Là sont les racines de la vie de prière – dans notre confiance de nourrissons, qui nous met à l’abri des folies de l’orgueil. En effet, si nous n’accueillons pas la Paix de Dieu en nous-même, comment pouvons-nous croire que nous allons la répandre au-dehors ?

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Philippe Rohr, diacre & aumônier

18 août 2022