Prédication du pasteur Daniel Neeser, 2007
Réf. biblique : Psaume 103

Un psaume splendide. Superbe envolée lyrique, louange humaine et céleste qui est tout à la fois prière et traité de théologie comprenant tout ce que Dieu a enseigné, démontré à son peuple, partagé avec lui.

Il commence et se termine par l’appel à la louange. Juste position théologique, car la louange, je vous le rappelle, est la première mission du peuple de Dieu, mais, plus fondamental, la louange, comme le mot théologie, est parole sur Dieu et parole à Dieu et elle « retombe » sur celui qui la prononce.

Je vous exhorte à la louange, cette autre manière de regarder le monde et de le dire à Dieu et de regarder Dieu et de le dire au monde. La louange nous aide à percevoir les traces des passages de Dieu dans le monde..

Apprenez ne serait-ce qu’un ou deux psaumes par cœur. Quand, dans une Eglise, on ne sait plus par cœur que le Notre Père, et encore, cette Eglise est en danger !

Entrons dans ce psaume !

Deux appels (les premiers et derniers versets) encadrent ce chant qui est une adoration pour tout ce que Dieu est et fait et pour ce que l’humain peut faire à son tour. Ce cœur présente une alternance constante entre l’aveu de la fragilité humaine et la proclamation de la solidité du Seigneur. Cette fragilité est confessée non comme une faute, mais comme une réalité librement acceptée face à la solidité divine. Tel est le croyant dans ce psaume : un être qui se sait fragile et aimé, dont l’aveu de la fragilité est rendu possible par la solidité et la miséricorde du Seigneur. Parce que Dieu me révèle à moi-même comme un être dont la fragilité reconnue est l’objet de sa miséricorde, alors ma louange à ce Dieu-là est possible, ni naïve, ni servile.

Une première image, la miséricorde (versets 3 à 5)

Ce mot vient d’une racine hébraïque signifiant le sein maternel, les entrailles. Il a donc à faire avec notre origine de créatures à la fois poussière et sujets de l’amour maternel, un amour d’une résistance à toute épreuve. En termes de marine, il y a une ancre appelée l’ancre de miséricorde. C’est la plus grosse, la dernière, celle que l’on jette lorsque le capitaine en est à sa dernière extrémité, celle qui doit tenir et qui tient.

Une deuxième image, l’espace

Nous la trouvons aux versets 11 et 12. : « Autant les cieux sont élevés au dessus de la terre, autant la bonté de Dieu est grande pour qui le craint ; autant l’orient est éloigné de l’occident, autant il éloigne de nous nos transgressions ! » Des cieux à la terre, de l’orient à l’occident : ne voyez-vous pas ici tout l’espace dans lequel vole l’oiseau libre, le goéland de la mer ou l’hirondelle de nos maisons ? C’est cet espace de liberté dans lequel Dieu nous donne de vivre. Comme le ciel et la terre, la crainte et la bonté de Dieu existent mais, comme le ciel et la terre, elles sont à distance. Il y a entre elles cet espace mis par Dieu et qui ouvre à la liberté et à la responsabilité : « Comme un père fait miséricorde aux enfants, le Vivant fait miséricorde à qui le craint » (verset 13).

Dieu lui-même, nous dit le récit de la Genèse, a créé le ciel, cette voûte qui sépare la terre et les eaux d’en bas des eaux d’en haut. Oui, nous sommes à distance de Dieu. Distance marquée par la parole, par le fait que, dans le langage courant, nous disons que Dieu habite les cieux. Cette distance est notre liberté, celle de parler ou de se taire, de dialoguer avec le Seigneur ou de refuser ce dialogue. La Parole invite, suggère, appelle, elle ne force pas. Elle laisse l’autre toujours libre du type de réponse et du moment de cette réponse.