« Beaucoup disent : Qui nous fera voir le bonheur ?
Fais lever sur nous la Lumière de ta Face, Seigneur ! »
(Psaume 4,6)

« J’ai reconnu le bonheur au bruit qu’il a fait en partant. » dit un célèbre poème de Jacques Prévert.

Une observation qui évoque bien l’état intérieur dans lequel notre humanité sombre, bien souvent : on ne voit pas ; on ne voit plus ; ou on voit mal, de façon déformée… Comme si un voile opaque nous séparait du réel. Ce n’est pas par hasard que la Parole biblique appelle « nuit » cet état dans lequel le mal s’insinue en nous, alors même que la Vie continue d’être jaillissante et généreuse. Mais faut-il pouvoir le reconnaître ; et distinguer le chemin adéquat par lequel évoluer, tout au long de nos existences. Car « (dans) la nuit, personne ne peut œuvrer », dit Jésus (Jn 9,4).

On ne s’étonnera donc pas que l’acte premier de Dieu, son acte fondateur, sur le plan spirituel, est cette Parole première qui fend la nuit : « Que soit la lumière ! » (Gn 1,3). Avec son corollaire : « Dieu vit que la Lumière était bonne (pour la vie), et Il sépara la Lumière des ténèbres. » (Gn 1,4).

Le récit de la création s’ouvre par un acte de discernement spirituel ! Une nécessité vitale qui parcourt toutes les Écritures, du début à la fin. Et comme les « éclipses » et « l’ombre mortelle » ne sont pas seulement au-dehors de nous-mêmes, ces mêmes Écritures appellent « aveugles » tous les humains qui sont privés de cette Lumière-là qui est « de Dieu » ; de « cette Lumière-là » qui est Dieu – puisque « Dieu est Lumière – en Lui, pas de ténèbres », nous révèle l’apôtre Jean (1 Jn 1,5).

C’est pourquoi le mouvement essentiel de la prière procède, au fond, d’une double reconnaissance : reconnaître que « je » ne peux pas me fier à mon propre regard ; à mes propres perceptions ou élans du moment, aussi convaincants soient-ils. Et reconnaître qu’un Autre non seulement voit mieux que nous, mais vient nous donner un éclairage plus sûr ! C’est la Présence et la Parole de Celui qui est « Lumière née de la Lumière » ; le Christ, en qui est « la Lumière de la Vie » (Jn 1, 4 et 9).

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Philippe Rohr, diacre & aumônier

2 juin 2022

 

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Photo: Pixabay