Prédication du pasteur Pierre Aubert
Réf. biblique : Luc 13/10-17    

Chers patients,
Chers frères et soeurs en Jésus-Christ,

Quelle image avons-nous du dimanche ?
Comment  le vivons-nous comme chrétiens?
Comme un jour de régénération et d’ouverture à Dieu, un jour où l’on peut venir à Dieu tel qu’on est pour être revivifié ?
Ou le vivons-nous comme  un jour de repos imposé où rien ne se passe ? en pensant :  vivement, la reprise du  lundi !

Le dimanche, un jour à part, précieux, particulier ou un jour comme un autre ?

Pourquoi les premier chrétiens ont-ils fixé au dimanche le jour du culte, de la célébration , de la prière et  de la louange rendu au Dieu vivant?
A l’origine le dimanche est, vous le savez, le jour de la résurrection de Jésus
C’est aussi  le premier jour de la semaine, celui qui permet de commencer sa semaine différemment.
Mais est-ce toujours le cas ?
Ne faut il pas libérer, délivrer le dimanche de ce qui l’empêche d’être ce qu’il est vraiment depuis Pâques . Un jour festif, un jour de joie, un jour d e relèvement, de redressement  de l’être humain ?

Mais voyons la chose de plus près !
Le récit de la guérison de la femme courbée que nous méditons c e matin, ce récit  se déroule un jour de sabbat ; ce jour d e repos qui s’est reporté pour nous chrétiens souvent au dimanche.
Ce récit n’est pas seulement un récit de guérison, mais aussi un récit de contreverse au sujet justement du sabbat. Il aborde la question de ce qu’on peut faire et  ne pas faire ce jour là.
Jésus y apparaît aussi comme enseignant. Il a peut-être aussi quelque chose à nous dire sur que nous pouvons vivre le dimanche.

Dans ce récit il y a une dispute avec le chef de la synagogue autour de la question : Jésus peut-il guérir cette femme toute courbée un jour de sabbat ?
Pour les pharisiens, la guérison est un acte médical, donc un travail
On a 6 jours pour travailler et un jour pour se reposer ; durant celui-ci le travail est proscrit ; ce n’est qu’en cas d’urgence qu’un travail et donc  la guérison est autorisée..
Jésus ne pouvait- il pas attendre un jour de plus pour guérir cette femme  ?
Eh bien non selon Jésus ; Jésus ne pouvait attendre un jour d e plus pour libérer cette femme à travers sa parole et son geste. Car cela faisait 18 ans qu’elle était courbée et ne pouvait se redresser.
Et c’est le jour de sabbat justement qu’il choisit d e le faire : la délier de ce qui l’entrave à pouvoir louer Dieu.

Pourquoi le fait -il justement ce jour-là ? Non par provocation ; ni par indifférence envers la loi comme nous pourrions le penser aujourd’hui.
Il le fait le fait le jour d e sabbat pour montrer que le sabbat est non seulement le jour du repos, mais aussi le jour qui célèbre la libération de l’esclavage lors d e l’exode ; il montre que le sabbat est vraiment le jour où non seulement l’homme , mais aussi la femme , fille d’Abraham, peut être déliée de ses esclavages.
D’ailleurs pour Luc c e n’est pas Jésus qui agit ou travaille ce jour de sabbat, mais c’es t Dieu ;  et la femme le montre bien, puisqu’elle loue Dieu et non Jésus une fois redressée.

Pour Jésus le jour du sabbat n’es t pas un jour mortel où il ne se passe rien : le récit le montre par une foule d e détails : Jésus voit cette femme toute courbée sur elle-même ; il la voit, il l’aperçoit ; alors que d’autre se sont peut –être habituée à elle et ne voient plus son humiliation
Elle est toute courbée depuis 18 ans et n’arrive pas par elle-même à se redresser. 18 ans : le chiffre est significatif : 18 ans ,c’est le nombre  dans l’Ancien testament pour exprimer une période d’oppression : 18 ans d’asservissement des Israelites au désert par une nation étrangère selon le livre des JUges; dans le même chapitre d e Luc nous trouvons les 18 personnes mortes accidentellement sous la tour d e Siloé . Un chiffre donc qui est synonyme d’asservissement à un pouvoir dominant ; un asservissement qui rend la personne esclave.
Et c’est justement parce que cette femme est toute courbée depuis 18 ans,  que son redressement devant Dieu et devant les autres ne peut attendre. L’immédiateté de sa libération contraste avec la durée de son asservissement.
C’est l’urgence de la manifestation du Règne d e Dieu qui se manifeste ainsi. Cette bonne puissance du règne d e Dieu  n’a rien à voir avec celle de  la domination puisqu’elle lui permet d e se redresser et de louer Dieu.
Beaucoup d e traditions juive et chrétienne  représentent celui ou celle qui prie comme une personne debout les mains levées et ouvertes
Lorsque vous êtes tout courbé vous êtes replié entièrement sur vous-même ,  sans possibilité de relation avec l’autre et sans avenir devant vous
Lorsque vous êtes redressé, vous pouvez voir devant vous, entrer en relation avec l’autre et avec Dieu , l’avenir est devant vous et vous êtes ouvert au Dieu qui vient

La manière dont la libération de cette femme a lieu est aussi intéressante.
En effet  l’appel que Jésus lui adresse précède son geste d’imposition des mains
Il commence par lui dire des paroles offertes à son accueil  : « Te voilà maintenant déliée de ton infirmité ». Paroles livrées à la confiance et à la liberté de cette femme.
Jésus joint le geste de l’imposition des mains à cette parole et le récit continue : « et aussitôt elle redevient droite et rendit gloire à dieu »
Le récit donne à penser que c’est Dieu qui agit à travers les parole et le geste de Jésus ; Jésus ne manifeste  aucune volonté de maîtrise ou de contrôle de cette femme. Il la soigne par sa parole et son geste et c’est Dieu qui agit.
Un peu comme le médecin Ambroise Pré qui disait « je le soignais et Dieu le guérit ».
Le potentiel extraordinaire d e vitalité du Règne d e Dieu se manifeste à travers un mouvement vers le haut vécu par cette femme  se redressant immédiatement.
Mouvement vers le haut qu’on retrouve à travers les paraboles du règne qui suivent notre récit : la graine de moutarde qui devient un arbre
Le sabbat devient le jour où la femme recroquevillée et enfermée sur elle-même peut se dresser, ne plus voir les choses au ras des paquerettes,    mais retrouver de la hauteur, retrouver son statut d e fille d’Abraham : elle abandonne son  statut non de femme opprimée , et prend celui   de femme debout dont l’avenir est ouvert

Aujourd’hui, vous le savez nous avons peut-être de la peine à éprouver le caractère nouveau   et subversif  du comportement d e Jésus dans une société où l’observance des lois est mise à mal.

Aujourd’hui, Il y a une grosse pression économique pour que le dimanche les magasins soient ouvert et que la consommation comme la production ne s’arrêtent jamais. Et on peut se demande à quoi cela sert de transgresser la Loi du sabbat si c’est pour la remplacer par un autre carcan.
On a toute les peines du monde à garder le dimanche comme jour du culte, un espace et un temps gardé pour l’ouverture à Dieu et la reconnaissance pour son œuvre libératrice.
Les loisirs tendent à prendre le relais du culte. Pour vivre il faut pouvoir constamment acheter, consommer, être au service du dieu marchandise
Et pourtant aujourd’hui au cœur de cet hôpital vous êtes accueillis tel que vous êtes dans vios replis et dans votre désir d’ouverture à ce dieu qui veint nous redonner notre statut de fille et d e fils d’Abraham
Vous n’avez pas besoin de paraître au top, fort , toujours gagnant, jeune et en bonne santé
A travers cette femme fille d’Abraham repliée sur elle-même puis redressée Jésus annonce un temps opportun à saisir, une occasion  d e nous libérer des servitudes qui vous replient sur nous-même
Un temps qui propose un avenir même pour celle et ceux qui sont replié sur eux-mêmes et qui ne voient pas plus loin que leurs chaussures.
Jésus rompt avec la fatalité des sabbats ou des dimanches mortifères
Le dimanche n’est pas là pour faire plonger vers le bas dans l’enfermement sur soi-même ; il est là pour ouvrir, relier à Dieu et aux autres
Le dimanche n’est pas là pour un repos absolu sans vie
Il est là pour nous permettre de nous redresser et d e nous ouvrir  vers le haut, vers le ciel
Il est là pour redonner aux filles autant qu’au fils d’Abraham la possibilité de louer Dieu et de voir leur route et leur avenir ouverts.