Guillaume Farel, Jean Calvin, Théodore de Bèze et John Knox @ Caroso Diogo - Flickr.com

Guillaume Farel, Jean Calvin, Théodore de Bèze et John Knox
@ Caroso Diogo – Flickr.com

 

L’Église protestante de Genève est fondée suite à l’adoption de la Réforme protestante le 21 mai 1536. Elle a pour prédécesseur la Compagnie des pasteurs mise en place par Jean Calvin et s’est progressivement mise en place entre 1842 et 1903 avec la création des Conseils de paroisse.

Ville essentiellement protestante jusqu’à la Révolution française, Genève est devenue, dès 1815, le premier canton suisse confessionnellement mixte.

De la Genève humaniste traversée par le souffle des Réformateurs à la Genève libérale qui finira par imposer l’Etat laïc, plus de cinq siècles d’histoire ont façonné l’esprit d’une ville européenne largement ouverte sur le monde.

Appelé par Farel, Calvin s’installe à Genève pour organiser la Réforme

Au XVIe siècle, Genève, ville d’Empire, était entourée par les terres du duc de Savoie. Son souverain était un prince évêque dévoué aux intérêts du duc. La ville a commencé à secouer son joug en s’appuyant sur un traité de combourgeoisie conclu en 1526 avec Fribourg et Berne, aux termes duquel le duc s’abstenait de tout acte de violence envers les Genevois et leur accordait la liberté de commerce. Neuf ans plus tard, en 1535, travaillés par la prédication de Guillaume Farel et d’Antoine Froment, les Genevois ont aboli la messe. En 1536, Calvin, juriste et humaniste de vingt-sept ans, de passage à Genève, fut retenu par Farel pour organiser la Réforme. Les débuts ont été difficiles et se sont soldés en 1538 par un échec pour les deux réformateurs. Calvin revint à Genève quelques années plus tard, en 1541, et a pu alors mettre sur pied à Genève une Eglise inspirée par la Réforme.

Genève, centre de la Chrétienté occidentale

L’Eglise protestante de Genève est donc issue de la Réforme adoptée le 21 mai 1536 par le Conseil général réuni au Cloître (actuelle rue du Cloître). La Réforme a déterminé l’avenir de Genève qui s’est organisée en République après avoir échappé à la Savoie. Elle devint l’un des centres de la chrétienté occidentale. Calvin a conféré à l’Eglise ses structures et a contribué à organiser celles du pouvoir civil, structures qui ont duré jusqu’à la fin de l’Ancien régime. Calvin attira un flux considérable de réfugiés de toute l’Europe, qui ont donné à la cité une impulsion culturelle et ont élevé Genève au rang de Rome protestante. En 1559, Calvin a créé l’Académie, qui devint une pépinière du calvinisme.

Voltaire, Rousseau : les Lumières contre l’esprit des religions

Succédant à Calvin, Théodore de Bèze a été une figure dominante de l’Etat chrétien. Au XVIIIe siècle par contre, époque de Rousseau et de Voltaire, la religion n’était plus le centre des préoccupations. La Constitution de 1794, issue de la révolution de 1792, réservait néanmoins encore la citoyenneté aux seuls protestants.

La Restauration et le rétablissement du culte catholique

Occupée par la France en 1798, Genève a vu le rétablissement du culte catholique romain. La Restauration et l’entrée dans la Confédération en 1815, avec le rattachement de communes sardes et françaises peuplées d’habitants catholiques (les communes réunies), en ont fait même l’un des rares cantons suisses confessionnellement mixtes au XIXe siècle. La révolution radicale de 1846 a transformé les structures de l’Eglise protestante en faisant une plus grande part aux laïques dans la direction de l’Eglise. Le gouvernement radical d’Antoine Carteret a « nationalisé » le catholicisme romain en créant en 1873 une Eglise catholique nationale de structure démocratique, l’Eglise catholique chrétienne, et chassa le curé Gaspard Mermillod qui voulait rétablir un évêché de Genève.

Le libéralisme protestant

Le règlement organique (1849), destiné à fixer le mode de fonctionnement de l’Eglise protestante, a restreint la liberté accordée à l’Eglise par la constitution de 1847, en particulier, des entraves ont été mises à la liberté de doctrine. Mais certains esprits progressistes et libéraux acceptèrent mal les restrictions apportées par le règlement. Dès 1869, une forme nouvelle de l’ancien rationalisme a refait surface sous le nom de libéralisme protestant. Gagnant rapidement du terrain, ce mouvement s’est trouvé majoritaire au Consistoire en 1873. Il parvint ainsi à imposer ses vues, ce qui a abouti à la nouvelle loi de 1874. Celle-ci supprimait les dernières prérogatives de la Compagnie des pasteurs et réduisit le Consistoire à ses fonctions administratives. La liberté d’enseignement et de prédication est devenue totale.

Au XXe siècle, Genève supprime le budget des cultes.

L’époque du Kulturkampf (lois en matière de sécularisme discutées en Allemagne à la fin du XIXe siècle. Suit à ces lois, l’Eglise catholique romaine perdit son pouvoir) a engendré de nombreux conflits. Pour mettre fin à ce climat perturbé, le Grand Conseil a voté en 1907 la suppression du budget des cultes. En effet, jusque-là, l’Etat soutenait l’Eglise nationale protestante et l’Eglise catholique chrétienne, mais pas l’Eglise catholique romaine pourtant la plus importante numériquement. Cette séparation de l’Eglise et de l’Etat a permis de souligner aussi le caractère laïc de l’Etat.
Ainsi s’est achevée la transformation de l’institution mise en place par Calvin, transformation qui, de 1842 à 1903, a entraîné l’Eglise genevoise dans un processus de redistribution du pouvoir entre clercs et laïques, au profit de ces derniers.