EPG Info – Octobre 2017

Philippe Rohr témoigne de sa foi
Nous sommes une Eglise de témoins affirme notre vision d’Eglise. Dans ce contexte, nous poursuivons notre série de témoignages avec le bel apport du diacre Philippe Rohr

La première chose qui m’est venue à l’esprit, en recevant la demande de livrer un témoignage, est qu’il serait différent de ce que j’ai pu formuler il y a 2, 4, 6, 8 ans, ou plus… Et la première parole qui s’est peu à peu imposée, parmi tant d’autres paroles de Jésus, est bien celle qui affirme : « JE SUIS – Chemin, Vérité, Vie » (Jn 14, 6). Avec le sentiment que je suis à peine en train de commencer à découvrir la puissance dynamique de ce qui est formulé ici ! Condensé en quatre termes qui semblent presque banals… Mais qui épousent, nomment et balisent mon expérience de vie et de foi. En gestation ! Et résumée maintenant de façon très condensée, en suivant ces 4 termes :

Philippe Rohr – Diacre

D’abord et avant tout : « JE SUIS » dit Jésus – et pour moi, c’est bien Lui, et sa Parole, découverte dans les Evangiles, qui sont venus « me chercher », à l’âge de 40 ans, alors que je n’avais aucun lien avec l’Eglise. A l’origine et jusqu’à ce jour demeure le choc inexplicable d’une certitude qui a fait irruption dans ma vie (alors passablement en lambeaux) : avoir rencontré Celui que je cherchais depuis toujours, sans le savoir ! Et c’est depuis les tréfonds de mon être que je peux rendre le seul témoignage qui compte à mes yeux : la certitude que la Parole du Christ (qui n’est pas « la sienne », mais Parole éternelle de Dieu) nomme et enseigne des Vérités spirituelles salutaires. Auxquelles on ne se confronte pas sans risques ! Mais l’enthousiasme des débuts me le masquait encore…

Tout a commencé par la vocation reçue en 2003 ; par le « Suis-moi ! » qui m’a entraîné dans la foi, dans le ministère, et dans l’Eglise. En passant par un changement total d’univers professionnel, via un temps de chômage pour cause de formation, etc, etc.

Début de ce chemin – dont Jésus dit d’emblée qu’il passe par la vérité, pour conduire à la vie ; à « l’entrée dans la Vie » (cf. Mt 19, 17 par ex.), dans cet autre Ordre du Vivant, qui n’est pas régi selon notre mode de fonctionnement humain usuel. Impossible de développer cela ici, mais juste partager que je ne réalisais pas au départ que ce Chemin n’est jamais terminé, et ignorait de quels genres d’expériences il peut être fait !! En lequel se mêlent grâces inimaginables (mais bien réelles) ; nuits terribles et joies indicibles ; errances, chutes et rechutes ; épreuve et ruines diverses ; pour conduire de façon toujours plus serrée à une évidence : la réalité de la faiblesse humaine, et de notre impuissance (cf. Jn 5, 19.30 ; 15, 5). Pour prendre une image, je dirais que le chemin me fait découvrir ce qu’est une pâte feuilletée : qui demande à être tournée, abaissée, pliée, encore et encore et encore… ! Si la réception du Salut en Christ, par la grâce de la foi, a lieu « une fois pour toutes », force est de constater combien le chemin d’incarnation de cette grâce est bien un chemin de « 77x 7x » (cf. Mt 18, 22).

Et c’est sans doute le moins confortable, et le plus important du cheminement : la confrontation avec la vérité – pas tant comme une « extase de jouissances spirituelles hors-sol » (sic), mais bien, dans une dynamique d’incarnation, comme la sortie progressive de la cécité, quant à la réalité de nos comportements. Des miens, en l’occurrence. Jusqu’aux captivités les plus profondes. En croisant en chemin la rébellion des croyants qui rétorquent à Jésus : « mais nous, nous n’avons jamais été esclaves de personne ! » (Jn 8, 33). Oui, comme le soulignent aussi bien Luther que Calvin, « la pénitence de l’homme chrétien doit être continuée toute sa vie » – pas comme un dolorisme hypocrite et moralisant, mais au contraire, comme retournement, métanoïa, retour à Dieu ! Comment penser changer en quoi que ce soit sans passer par de réelles prises de conscience ? Douloureuses, souvent, mais salvatrices – qui donnent chair et sang à la première Béatitude proclamée par Jésus : « Bienheureux ceux qui peuvent se reconnaître pauvres dans l’Esprit ». Chemin de confrontation continuelle à la Parole du Christ, dans la durée, et sous le regard d’un accompagnateur (père spirituel).

Tel est donc l’horizon de cette liberté – promise d’emblée ; donnée d’emblée, par pure grâce, en Jésus-Christ. Venu promettre non « des charges supplémentaires », mais salut, libération, guérison, et FRUITS ! Au fur et à mesure que la vérité est accueillie dans l’amour. A ce sujet, je peux rendre témoignage et grâce au Seigneur des fruits inattendus et bien réels vécus, notamment, dans ma propre famille. Mais là n’est pas le but de ma foi : car le Christ est pour moi Sauveur, Seigneur et Maître, et non « fournisseur de prestations » ! Et si nous sommes appelés à de véritables changements, demeure la Parole qui assure « qu’aucun vivant n’est juste devant Dieu » (Ps 143).