Le pasteur Philippe Paymond, retraité, nous offre une perspective et un regard sur le temps qui passe, la vieillesse et les derniers instants de vie dont il a souvent, en tant que pasteur, été le témoin.

On l’espère et on l’attend la retraite, mais pourtant toujours trop vite, arrive le grand âge et son lot de questions, d’insécurités…

Je suis vieux…
Je suis vieille…
Je suis seul(e)…
Je suis fatigué(e)…
J’ai mal…
Je suis angoissé(e)…
Je voudrais mourir…
J’ai peur d’être abandonné(e)…

Quand je me vois là, à l’hôpital des Trois-Chêne ou à l’EMS, ou quand j’y rends visite à mon conjoint, à ma mère ou à mon père, tout cela, je le dis moi-même ou je l’entends dans la bouche de qui j’aime. Et ça fait mal ! Très mal !

Dans l’extrême solitude et l’impuissance à agir, la personne passe parfois par un chemin semé d’épreuves, souvent à la limite du supportable.

Cette souffrance crée un ardent besoin de relation, d’une relation paradoxalement plus intense encore que toutes celles qu’on a connues. Une relation avec Dieu, peut-être…

Alors, sur la pointe des pieds, moi le pasteur, je me glisse au chevet de l’éprouvé. Je ne suis pas un soignant. Je n’en ai ni le statut ni les compétences. Je ne suis pas un proche. Je n’en ai pas la précieuse présence. Je ne suis qu’un émissaire, celui qui sert à vider un peu du trop-plein de la peine, le discret porte-Parole d’un Dieu qui ouvre encore le chemin, même quand celui-ci semble désespérément se perdre.

Par ma présence, dans l’emprisonnement du pâtir, susciter une brèche.
Peut-être ?

« C’était hier et c’est demain
Je n’ai plus que toi
de chemin
J’ai mis mon coeur
entre tes mains
Avec le tien comme
il va l’amble
Tout ce qu’il a
de temps humain
Nous dormirons ensemble »

Ces mots du Fou d’Elsa d’Aragon, sont un peu la prière que je murmure avec ceux qui s’approchent de la mort.