Notre Père qui es aux cieux,

Que ton nom soit sanctifié,
Que ton règne vienne,
Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel,

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour,
Pardonne-nous nos offenses,
Comme nous pardonnons aussi,
A ceux qui nous ont offensés,
Et ne nous soumets pas à la tentation,
Mais délivre-nous du mal.

Car c’est à toi qu’appartiennent le règne,
La puissance et la gloire,
Pour les siècles des siècles,

Amen!


■ Méditation brève du « Notre Père » en tant chemin de prière


Père…

Déjà prononcer ce nom, c’est être relié. Celui que j’appelle Père n’est pas un étranger : c’est le Géniteur, l’Engendreur, qui m’insuffle la vie – celle de mon corps et celle de mon âme. Comme une Source intime… car Jésus, qui enseigne cette prière, l’appelle « papa ». Il nous dit aussi que ce papa là n’attend que nous, fidèlement, « dans le secret ».

Notre Père…

Mais cette Source fidèle, si proche, si intime, n’est pas « la mienne », « réservée à moi » !!

C’est bien Notre Père : Celui qui fait naître et renaître, jusqu’au niveau de connaissance le plus haut, et aussi le plus profond, le plus fin, est le Père de tous ceux qui sont « nés de Dieu », par la foi. TOUS ! Ceux qui me conviennent… et ceux qui ne me conviennent pas ! Ceux que j’aime… et ceux que je n’aime pas ! Oui, c’est bien Notre Père ; ce Père « tout Autre », dont les pensées et les chemins ne sont pas les nôtres, qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes ».

Le Père de tous, qui comprend tout, au sens fort de ce mot. Et qui veut « qu’aucun de ses petits ne se perde », dit encore Jésus.

…qui est aux cieux

Nous avons un Père « d’en-Haut », « dans les cieux », dans l’inaccessible, dans l’imprévisible, le non-maîtrisable, qui nous dépasse en TOUT. Sur-humain, au sens propre, ici aussi, de ce terme. Et sans Lui, sans cette naissance « d’en-Haut », comme le dit Jésus, nous ne serions que « d’en-bas » – limités aux réalités terrestres, bien tangibles. Or Jésus enseigne que « ce que les humains ne peuvent pas, Dieu le peut ». Et les Psaumes, avant lui, nous rappellent que « même si mon père et ma mère m’abandonnent, toi, Seigneur, tu me recevras ».

Quand nous invoquons Notre Papa du Ciel, notre Père Céleste et Eternel, nous exprimons notre désir de nous tourner vers l’Etre Suprême, vers Celui qui EST, au commencement et à la fin de tout. En nous rappelant notre filiation, dans la dimension spirituelle, et par la foi.

…que ton Nom soit sanctifié

Mais nous ne faisons pas que tourner notre cœur vers Lui ; nous ne faisons pas que l’invoquer : nous prions et demandons à entrer dans la Présence – car le nom, c’est la personne. Et Dieu, qui est le Seul Saint, le Seul Parfait, le Seul Complet, le Seul Juste, n’a de toute évidence pas besoin que nous le « rendions saint » ! C’est nous qui avons besoin que Sa Sainte Présence nous investisse, et nous rende présents à Dieu, aux autres et à nous-mêmes.

…que ton Règne vienne

Plénitude de la Présence de Dieu – que nous demandons encore, avec cette seconde demande : car là où Dieu EST, sans adversité, sans entrave, sans rébellion, règnent Sa Justice et Sa Paix, Ordre du monde selon Sa Volonté – ce « Royaume » qui s’est fait « tout proche », par le Christ.

Dieu EST Présent ; le Royaume EST, de toute éternité – et nous, y reviendrons-nous ?, entrerons-nous dans cet ordre des choses, de la vie, des relations ?

« Seigneur, fais-nous revenir, et nous reviendrons à toi », priaient déjà les prophètes.

…que ta Volonté soit faite

Pourquoi rester loin de Dieu, quand Lui-même s’est fait « on ne peut plus proche », venant épouser notre condition humaine jusqu’en ses tréfonds, dans le Christ ; venant même prier en nous avant nous, par son Souffle Saint ?

Quelle est donc cette opposition, cette adversité ; quels sont donc ces ennemis invisibles, car opérant sur un plan spirituel, qui empêchent, dans mon intime, l’accomplissement de cet ordre harmonique, cosmique, du monde ?

Qui peut se croire « à l’écoute » et « obéissant » quand la Parole elle-même nous rappelle les combats que Jésus a dû livrer, au commencement de l’Evangile (au désert), et à la fin (au jardin de Gethsémani), pour consentir totalement à cette Volonté Divine qui traverse la mort pour élever à une vie plus haute, plus grande, plus forte ?

…sur la terre, comme au ciel

Oui, entrant dans la prière en suivant le chemin du Notre Père, nous désirons, et nous demandons qu’il en soit sur la terre comme au ciel ; dans l’en-bas comme dans l’en-Haut ; que s’accomplisse cette incarnation, cette ré-unification, que Dieu est venu donner, par le Christ et dans le Christ. Que notre humanité retrouve sa juste place et sa juste fonction, qui est d’être ce lien « intelligent », car informé de Dieu, entre le ciel et la terre.

…donne-nous aujourd’hui

Dieu seul est Celui qui EST qui ETAIT, qui VIENT – nous, nous ne pouvons exister que dans l’aujourd’hui : hier n’existe plus ; demain n’existe pas encore.

Aujourd’hui, je suis vivant – et c’est une grâce de Dieu. Rien n’est dû !

Aujourd’hui s’ouvre un jour tout neuf, dont je ne sais rien, en termes réels. Ce que je crois savoir, je le pense et je l’imagine. Je le désire ou j’en ai peur, peut-être. Mais je saurai seulement demain, si Dieu le veut, ce que ce jour m’aura fait vivre.

En me souvenant, avec le Livre des Lamentations, que même dans les pires chemins de souffrance, « la Bonté de Dieu n’est pas épuisée », et que « sa grâce se renouvelle chaque matin ».

…notre pain de ce jour

Alors que le jour se lève, je commence, en communion visible ou invisible avec mes frères et sœurs dans la foi, par demander ce qui nourrira la vie de ce jour – ne sachant pas de quelle couleur sera ce pain, aujourd’hui.

Mais j’en ai besoin ! Comme tout un chacun. Et la grâce de la foi nous permet déjà de ne pas avoir honte de le dire : « sans Toi, Seigneur, nous ne pouvons pas ! »

…pardonne-nous nos offenses

Mais il n’y a pas que ce qui remplit, comble et nourrit – il y a aussi ce qui entame et qui mange la vie. Qui ne commettra jamais de faute ? Qui n’aura jamais à en subir ?

Qui ne sera jamais à l’épreuve du mal, commis ou subi ? Ou les deux !

Il n’y a pas de vie sans « pain » – il n’y a pas de vie non plus sans pardon.

Depuis toujours. Et aujourd’hui encore.

Et ce pardon, nous le demandons à Dieu – car nul humain ne peut le fabriquer lui-même ! Nul humain ne peut le tirer de sa poche, comme si on en avait en réserve, de « son propre fonds ».

Les Psaumes nous l’enseignent encore : c’est auprès de Dieu que se trouve le pardon.

C’est pourquoi nous Le prions.

…comme nous pardonnons aussi

C’est pourquoi aussi nous prions pour les autres, et non seulement pour nous-mêmes. Pour demander le pardon, sans distinction, pour TOUS.

Quand nous déclarons « pardonner aussi », nous savons bien que c’est une prière !

Car nous savons bien, en vérité, comme nous sommes incapables de pardonner, pour autant qu’il y ait vraiment de quoi pardonner, et pardonner beaucoup.

Nous savons très bien tout ce que nous trouvons « impardonnable » !

Et peut-être n’aimons-nous pas trop nous souvenir que Jésus nous rappelle avec vigueur, dans les Evangiles, que « si nous ne pardonnons pas, notre Père Céleste ne nous pardonnera pas non plus », et que « tout ce que nous remettrons, laisserons aller, pardonnerons, sur cette terre, on le remettra, laissera aller, pardonnera aussi au ciel – mais ce que nous ne pardonnerons pas, ne laisserons pas aller, on le retiendra aussi au ciel ».

Oui, sans doute la vie nous a-t-elle déjà montré comme nous sommes pauvres, en vérité, en Amour, et peu enclins à laisser le pardon et la grâce de Dieu circuler  car c’est au fond tout ce qui nous est demandé. Et même : remis entre nos mains !

Alors oui, sans aucun doute, nous avons à prier, nous avons à demander avec force à ce que ce pardon que Dieu seul peut donner circule, et qu’il nous traverse librement – pour nous-mêmes, comme pour les autres.

…à ceux qui nous ont offensé

Et au moment de dire que nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensé, c’est une bonne occasion de ne pas parler dans le vide, pour vite passer à la suite, mais de se remémorer les personnes qui nous ont offensé, et dont nous n’avons pas encore oublié l’offense ! Et pas remis, effacé les dettes envers nous.

Une bonne occasion, à travers ces mots, de disposer son cœur à se mettre à l’Ecole du Christ – qui enseigne de prier pour ses ennemis, de faire du bien à ceux qui nous traitent mal, de bénir ceux qui nous insultent… Etc !

…et ne nous soumets pas à la tentation

Nous sommes donc, en quelques paroles efficaces, ramenés à l’évidence que tout ou presque, en réalité, vient nous tenter de répondre au mal par le mal, d’une façon ou d’une autre ! Il y a de l’humilité et du réalisme de notre part de demander à Dieu de ne pas nous mettre à l’épreuve, de ne pas tester notre fidélité à ses commandements ; car nous connaissons par expérience – et si non, nous redoutons – la réalité de nos faiblesses et de nos failles… Ces mêmes mots sont donc aussi pour le croyant, qui ne doute pas que Dieu seul est victorieux du mal, le moyen de demander à ne pas être soumis et humilié par « l’ennemi » ; donc de demander par avance, en ce jour, protection, sauvegarde et secours.

…mais délivre-nous du mal

Car nous savons aussi comme nos comportements erronés peuvent être autant de « faux plis », pour ainsi dire, impossibles à repasser ! Nous savons combien, en raison de notre histoire, d’héritages et de conditionnements divers, qui expliquent mais ne justifient pas nos erreurs de parcours, nous répétons les mêmes travers, et sommes, en vérité, captifs de certains maux – chacun, chacune, à sa manière.

Et si nous ne doutons pas être sauvés de cela, et de tout comportement qui porte la mort, par la confiance en Jésus-Christ, nous demandons sans remettre à demain que cette libération s’incarne pleinement, et que nos parts d’ombre, nos zones encore blessées, où règne la peur, soient baignées de Lumière et d’Amour, en ce jour !

…car c’est à Toi qu’appartiennent le Règne, la Puissance et la Gloire

Et n’est-ce pas la plus grande des assurances, le plus puissant réconfort, que cette prière millénaire des disciples de Jésus-Christ se termine par une confession de foi ?

Aussi simple que radicale :

à Dieu Seul, l’Ordre Juste du monde ;

à Dieu Seul, la Capacité de générer et d’accomplir ;

à Dieu Seul, la Présence en plénitude, sans faille.

Me voici soulagé de tous les fardeaux pesants et charges écrasantes, à proprement parler, inhumaines, que l’Accusateur voulait me faire porter !

Dieu veut pour nous la vie – et ne nous condamne à rien.

…pour les siècles des siècles

Et cela, hier, aujourd’hui, et demain.

Je peux donc aller en paix, en ce jour tel qu’il est ; le Christ me rappelle avec force dans les Evangiles que je n’ai pas à me tracasser pour les jours d’après ; que le mal à affronter pour ce jour-ci est déjà bien assez, et que pour le reste, Dieu pourvoit.

..Amen

Et je peux terminer par cette ouverture du cœur : OUI ! AMEN ! Tout cela est vrai ; tout cela est solide ; là je peux m’appuyer, en réalité ; là je peux trouver le repos… au moment même où j’entre dans cette nouvelle journée.

Philippe Rohr


⇒ Retrouvez une interview passionnante du pasteur et théologien, rédacteur en chef de Réforme, Antoine Nouis sur le Notre père.

itw.VP-Antoine-Nouis

Interview de Antoine Nouis (La Vie protestante, avril 2015)

(Source : La Vie protestante, avril 2015)