Allocution d’Emmanuel Fuchs, président de l’Eglise protestante de Genève, à la célébration en mémoire des victimes de Christchurch le mardi 26 mars 2019 à la Fondation culturelle islamique

 

«  Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.  »

Ces propos connus sont ceux du pasteur Martin Niemöller, célèbre opposant au régime nazi et qui a été déporté de longues années en camp de concentration pour avoir dénoncé des violences du régime hitlérien.

Il nous rappelle combien notre vocation d’être humain nous oblige à l’attention et en particulier à l’attention aux petits, aux menacés, aux démunis, à tous ceux qui sont victimes de violence et d’injustice. Le pire péché n’est-il pas celui de l’indifférence ?

On pourrait se dire : la Nouvelle Zélande c’est très loin… on pourrait se dire que je ne suis pas musulman, que chacun s’occupe de sa propre communauté, il y déjà bien assez à faire et tant de victimes à porter dans la prière ; mais face à la violence, face à l’injustice, face à la brutalité du Mal avec un grand « M », nous sommes tous frères et sœurs en humanité. Aujourd’hui, comme la Bible nous le demande : nous voulons pleurer avec ceux qui pleurent ; aujourd’hui nous nous associons à la douleur de la communauté musulmane durement frappée par les attentats de Nouvelle Zélande. C’est notre devoir de nous arrêter, de ne pas passer trop vite à autre chose. Devant un tel acte abject, nous ne pouvons qu’être dégoutés. Il n’y a pas de sens à la souffrance de tous ceux qui ont été atteints dans leur chair, qui ont perdu un être proche….non il n’y a pas de sens à chercher dans un acte d’une telle ignominie, mais puissions-nous trouver du sens au cœur de cette souffrance, puissions-nous, ne serait-ce que par notre présence commune ici ce soir, trouver un chemin de sens, un chemin de relèvement, un chemin qui nous fait nous dresser ensemble face à toute violence ou injustice.

Nous avons la chance de vivre dans un pays épargné et dans une cité qui a appris au cours des siècles à faire de la place à chacune et à chacun. Alors face à tous ceux qui veulent par des actes aussi abjects que les attentats de Nouvelle Zélande, mais aussi par de petites réactions ou propos racistes entendus ici ou là, ériger des barrières, creuser des fossés, nous élever les uns contre les autres, notre responsabilité est d’autant plus grande : puissions-nous par notre présence et nos prières ce soir réaffirmer notre volonté commune de construire ici à Genève comme au loin un monde de paix et de respect, un monde où loin de nous ignorer d’une communauté à l’autre, l’on porte une attention toute particulière à son voisin, à sa voisine …quel qu’il soit, parce que nous sommes convaincus que notre destin d’humain, nous le partageons.

Pasteur Emmanuel Fuchs
Président de l’Eglise protestante de Genève
Mosquée du Grand Saconnex, Genève, le 26 mars 2019