Un texte biblique, un commentaire, une prière – Par Carolina Costa, pasteure

«Vous êtes le sel de toute la terre. Mais quand le sel perd son goût, comment lui rendre son bon goût? Il ne sert plus à rien. On le jette  dehors et les gens marchent dessus. 
Vous êtes la lumière du monde. Quand une ville est construite sur une montagne, elle ne peut pas être cachée. Et quand on allume une lampe, ce n’est pas pour la mettre sous un boisseau ! Au contraire, on la met bien en haut, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De la même façon, votre lumière doit briller devant tout le monde. Alors les autres verront le bien que vous faites. Ils pourront chanter la gloire de votre Père qui est dans les cieux.»
Matthieu chapitre 5, versets 13-16
 
L’image du sel peut nous paraître banale parce qu’aujourd’hui on peut en trouver dans n’importe quel supermarché, à toute heure et qu’il est plutôt bon marché ! Or, dans le monde antique, le sel est une denrée rare. Jésus choisit le sel comme image car il est à la hauteur de l’image de la lumière: un bien précieux.

La propriété principale du sel est d’assaisonner un aliment. Autrement dit, lui donner de la saveur. Ainsi, nous sommes sel de la terre, nous assaisonnons le monde, nous lui donnons une saveur particulière.

«Mais quand le sel perd son goût peut-on lui rendre son bon goût?», demande Jésus presque sous forme de boutade. Car le sel peut-il réellement perdre sa saveur? Ce ne serait plus du sel. Dans ce cas, comme le dit Jésus, il ne servirait plus à rien et on marcherait dessus sans s’en rendre compte.

Et moi? Si je perdais ma saveur? Si je perdais ce qui fait que je suis ce que je suis, serais-je toujours moi ? Mais au fond, qu’est-ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes? Une certitude se fait jour: personne d’autre que moi ne peut être moi. Aucun autre que moi ne peut vivre ma vie.

Par cette simple image du sel, Jésus nous permet de réaliser à quel point chaque être humain est unique et irremplaçable. Personne ne devrait d’ailleurs jamais se penser inutile, car le simple fait d’exister est déjà un assaisonnement particulier sur la terre. Finalement, ne s’agit-il pas plutôt de savoir quelle saveur nous souhaitons apporter ?

Jésus poursuit son enseignement et nous révèle qu’il y a, en chacun de nous, une source lumineuse qui éclaire notre vie, et dont la vocation est de rayonner au-delà de nous-mêmes. Par cette image, le Christ nous invite à déceler notre vocation profonde dans le monde. Celle qui permet à notre flamme intérieure d’embraser notre cœur mais aussi d’en réchauffer d’autres autour de nous.

Toutes les personnes rayonnantes et lumineuses qui nous entourent ont plusieurs points communs, dont le principal est probablement d’avoir mis au centre de leur vie l’amour agapè sous toutes ses formes, sans forcément d’étiquette chrétienne particulière. Toutes évoluent en général dans une profession, une activité ou une passion qui les enthousiasme, qui laisse leur créativité s’épanouir et qui leur donne le sentiment d’apporter une contribution unique au monde.

Il n’est pas toujours évident de répondre à l’appel de cette lumière. Combien de personnes l’ont mise aux oubliettes, bien cachée par le sceau de la peur. Car oui, il faut une sacrée dose de confiance en Dieu, en soi et en la vie pour prendre le risque de se brancher à cette source lumineuse. Mais que voulons-nous vivre ? Une existence en demi-teinte ou une vie pleine de cette lumière qu’aucune obscurité ne pourra jamais éteindre ?

Je crois profondément que Jésus invite chaque être humain, à tout âge de la vie, à faire grandir l’amour de soi à travers une vie spirituelle, mais aussi à travers la réalisation personnelle, en suivant les élans de notre cœur et en faisant confiance à ce Dieu qui a mis en nous des potentialités extraordinaires. Des dons d’altruisme, d’inventivité, de créativité, bref d’humanité, qui sont en nous tous mais avec des nuances propres à chacun. Ces nuances sont la saveur particulière qu’aucun autre que nous-même ne peut apporter au monde.

Prière
« Aime ton prochain comme toi-même »,
enseigne Jésus. Commence par t’enraciner
dans l’amour de Dieu qui est au fond de
toi, à te nourrir de sa confiance et à te
laisser guider par sa lumière. Car alors, de
manière inévitable, tu rayonneras et tous
verront le bien que tu fais. Alors tous nous
chanterons les louanges de Celui qui est la
Source de toute lumière. Amen.

Tiré de la Vie protestante – Novembre 2012