Prédication du pasteur Daniel Neeser, 2010
Réf. biblique : Psaume h. 146 ; Matthieu 5, 1 à 12 ; Esaïe 35,1 à 7

Louez l’Eternel, chantez pour Dieu un cantique nouveau ! Combien de fois cette injonction retentit-elle dans la Bible, de la Genèse à l’Apocalypse ?

Sans forcer quoi que ce soit, on peut affirmer que la louange est la mission centrale de l’Eglise, la raison d’être des témoins de Dieu sur la terre. Savez-vous qu’outre les livres des Psaumes, du Cantique des Cantiques ou de l’Apocalypse qui sont les grands livres de louange de la Bible, c’est par dizaines que l’on compte les hymnes, les chants, les psaumes et les poèmes qui parsèment tous les autres livres bibliques, du chant émerveillé des patriarches de la Genèse jusqu’à ceux des témoins de l’Apocalypse ?

Sur quoi puis-je fonder cette affirmation ? Sur le cœur du message de l’Ecriture : Dieu nous fait grâce, nous pardonne et nous délivre. Devant Dieu, je suis juste, rendu juste par sa décision.

Luther a si bien découvert cette force nouvelle que donne la certitude d’être reconnu par Dieu, qu’il en fut transformé et, qu’après lui, cette certitude transforma le monde. La « Bible protestante », celle qui accompagna les huguenots pendant les siècles de persécutions, ne fut-elle pas constituée du Nouveau Testament et des Psaumes ? Oui, nos pères et nos mères dans la foi avaient découvert que la louange est la première mission des témoins de la grâce de Dieu, elle en est aussi le viatique.

Louer Dieu, même dans l’adversité, est une grâce, celle de la foi qui, seule, permet de subsister là où tout semble échec et mort. La louange est sœur de la gratuité et de la liberté. Un être qui chante est un être à qui nul ne pourra ravir sa liberté.

On n’est jamais seul quand on chante ou qu’on prie !

Ce psaume 146 est un des chants qui m’accompagnent depuis des années. Comme tous les autres, il a été chanté, proclamé, hurlé ou murmuré par des millions d’hommes et de femme depuis la fondation du monde. En le chantant, en le faisant monter du coeur aux lèvres, vous devenez contemporains d’Abraham et de Sarah, de David et Bethsabée, de Myriam, Marie et Joseph, Calvin, Théodore de Bèze ou l’abbé Pierre. Mais vous devenez aussi contemporains de celles et ceux qui, inconnus de vous mais connus de Dieu, le chantent maintenant sous d’autres cieux, en d’autres lieux, comme vous devenez contemporains déjà et mystérieusement de tout ce peuple qui, dans dix, cent, mille ans, le chantera ; contemporains encore et finalement des anges qui, depuis que Dieu est Dieu, chantent ses louanges au plus haut des cieux.

Mais, entrons dans ce chant !

On peut le structurer en cinq parties : une introduction (versets 1 et 2), l’exécution des puissants (versets 3 et 4), la  proclamation du bonheur (verset 5), celle de l’identité de Dieu (versets 6 à 9) et l’injonction finale, Louez l’Eternel ! (verset 10).

L’exécution des puissants. Remarquez la forme lapidaire du texte : les puissants ? Du vent ! Leur grandeur ? Du toc ! Leur compétence ? Nulle ! Car les uns comme les autres ne sont que le reflet de leur prétention à être puissants par eux-mêmes. Mais, attention, leur vanité, leur inconsistance devant Dieu n’en font pas pour autant, face à nous, des personnes inoffensives. La suite du psaume reprendra ce thème.

La  proclamation du bonheur. « Heureux, ou en route ». Nous avons ici le même mot que celui qui retentit dans le fameux texte de l’évangile de Matthieu, les béatitudes. En hébreu, heureux et en route vont de pair ! Ce n’est pas parce que les puissants sont du toc qu’il faut rester à ne rien faire ! Au contraire, le témoin de Dieu est qualifié pour la marche, et la marche joyeuse des chantres de l’espérance. C’est à lui qu’appartiennent la route et le « devant », comme le « en avant ».

Qui est Dieu ? Cette mission et cette identité sont aussitôt suivies par une première indication sur ce Dieu, source et but de la louange : il est le Dieu de l’histoire, le Dieu de Jacob, celui qui a fait route avec le petit, le rejeté, mais aussi le roublard, le retors. Ici Jacob, et non pas Abraham ou Isaac, est la figure symbolique de celui qui découvre justement, douloureusement aussi, que sa propre puissance n’est que du vent, celle d’un vent porteur d’orages, et que seule la fidélité de Dieu lui permettra de vivre, de survivre parfois, pour se constituer progressivement comme père du peuple des témoins. Les versets suivants nous donnent d’autres raisons de chanter ce Dieu de Jacob : il est créateur en même temps que gardien de la ferme vérité, de l’amen du réel pourrait-on dire, car le mot vérité peut se traduire par fermeté ou réalité, il est encore la racine du mot amen.

Nous avons ensuite cette  splendide expression : il rend la justice pour les opprimés. Il la rend en terme absolu et il la rend en faveur des opprimés. Ce n’est pas la justice humaine, aux yeux bandés, qui est au service de sa propre application et dont l’épée s’abat, rigoureuse, sur les uns et les autres. Non, la justice de Dieu est partiale, elle n’a pas les yeux bandés. Elle est préférentielle et exprime une tendresse particulière pour les petits, les fragiles, pour celles et ceux qui tombent sur les berges boueuses des échecs, par leur faute ou par celle de la violence du monde. Nous avons ici comme l’écho inversé de la déclaration en caducité prononcée contre les puissants.

Autre précision sur ce Dieu à chanter : il donne le pain, nous dit le texte, pour les affamés. Il donne, là encore de façon absolue. Il donne le pain parce qu’il est maître du pain. Nous retrouvons le Dieu créateur. Et il le donne pour les affamés et non pas aux affamés. La nuance est de taille et, comme pour la justice, elle est polémique ! Il donne pour les affamés parce qu’eux ont faim, c’est le Dieu de la justice préférentielle. Mais il y a une autre nuance dans le texte : il donne pour, c’est-à-dire en vue de ; il ne donne pas lui-même aux hommes, mais il donne le pain, en tant que tel et de manière absolue à sa création, pour qu’il serve à nourrir celles et ceux qui ont faim et non les autres, les satisfaits, les repus de pain ou de justice et, enfin, le donne pour que nous le donnions en son nom. Il ne fait pas le travail, mais donne pour que nous le fassions à son appel.

Voici donc le chantre de Dieu devenu responsable du partage des dons de la création, que ce soit le pain ou la justice.

L’injonction finale. Pas de récompense mais encore et toujours la louange à la gloire de cette éternité du Dieu de l’alliance. Pas de mérite pour les témoins et les chantres de Dieu. « Dieu ne punit ni ne récompense, c’est parce qu’il est bon que j’ai sa préférence ! »