Chers amis,
Je rentre aujourd’hui du Liban, et pendant que les souvenirs sont encore frais, voici quelques impressions que je veux partager avec vous qui m’avez demandé des nouvelles de nos partenaires et de la situation actuelle.
Ce voyage s’est organisé en lien avec le DM qui a décidé de présenter cet automne dans le cadre de la campagne DM/EPER les partenaires à l’occasion du 20eme anniversaire de l’ACO-Fellowship (Action chrétienne en Orient).

Vous trouverez dès cet été en paroisse et auprès du DM via son site internet les petits films que Sylviane Pittet et Pierre-Alain Frey ont réalisé durant cette semaine passée.
Nous avons vécu des moments riches en émotions, en découvertes et en partage.

Les quelques notes qui suivent ne reflètent pas un ordre chronologique mais bien plutôt quelques étapes qui nous ont arrêtés pour un temps. Hamlin Nursing Home: ce lieu qui accueille des aînés fragilisés par la vie s’est doté désormais d’un service de réadaptation pour des patients qui ont subi une opération orthopédique. Avec une offre de physio adaptée et des soins de qualités, les patients retrouvent une mobilité, et cela permet à Sanaa Koreh, la directrice qui vous salue tous, de trouver le moyen d’avoir une rentrée de fonds nécessaires pour la prise en charge des aînés qui n’ont pas les moyens de payer leur séjour à Hamlin. Sanaa remercie tous ceux qui ont marqué leur solidarité et vous dit sa reconnaissance.
Hamlin va pour le mieux malgré l’hiver le plus rude depuis 50 ans. 1m de neige, des blizzards intenses, des routes verglacées, pour ceux qui connaissent le lieu, je vous laisse imaginer la situation à 1000m d’altitude.
Le personnel est stable, et chacun offre ce qu’il a de mieux pour l’exploitation de cette maison qui a besoin de notre soutien via le DM. Nous avons eu quelques jours de froids, et même un matin une petite crachée de neige. A noter une série importante de décès cet hiver parmi les résidents. Les sonnettes continuent de rythmer les nuits, et la pression des douches est hésitante, mais il fait bon résider dans ce lieu. Dyana aussi vous salue amicalement.

Minyara: cette paroisse arabophone du nord Liban à moins de 10km de la frontière syrienne nous a accueilli pour trois jours. Le pasteur Hadi Ghantous, qui a prêché au Sentier en 2013 pour le culte de clôture de l’AG de l’ACO, est toujours très actif. Le dimanche 22, dimanche de la fête des mères, j’ai prêché et Hadi a présidé la liturgie, ce fut un beau et bon moment suivi d’un repas libanais dans un restaurant des montagnes. Anna son épouse et leur petit Mika vont bien, ils préparent avec ferveur et conviction la semaine sainte. Nous avons logé dans le centre d’accueil – que certains connaissent – et nous avons vécu des rencontres riches et profondes, entre autres avec Wafa Saoud, une jeune prof d’université, enseignant les mathématiques, et qui portent un regard contrasté sur la situation. Elle affirme sa volonté de rester dans ce pays qui est le sien, et que certains jeunes se préparent à quitter pour construire leur vie ailleurs.

La situation aux environs de Tripoli est pour l’instant calme. Nous avons traversé la ville sans problème, mais chacun nous rappelle que les conflits peuvent renaître très rapidement. Les sunnites et les chiites se retiennent, et il y a comme une trêve provisoire que les habitants voudraient voir perdurer.

Le SAC (Social action committee), centre social de l’église protestante arménienne, accueille des enfants/adolescents pour un suivi scolaire, visite et prend en charge des personnes malades et pauvres, et reçoit également des réfugiés syriens qui trouvent dans ce lieu un peu de respect et de sécurité. Les besoins sont immenses. Aline et Tallinn, les deux permanentes qui donnent tout leur coeur pour faire fonctionner cette institution à Bourj Hammoud, dans la banlieue de Beyrouth, sont reconnaissantes aussi pour les gestes de solidarité que certains m’ont prié de leur transmettre. Nous avons réalisé un film – comme pour Hamlin – qui explicite la mission, les moyens et les personnes cibles de ce centre. Là encore vous retrouverez ce lieu dans les petits films qui seront disponibles sur le site du DM dès l’été.
Les réfugiés: la situation empire et se complexifie, malgré la décision du Liban de fermer ses frontières aux réfugiés.

Ces femmes, ces enfants et ces hommes aux histoires toutes déchirantes tentent de trouver au Liban un lieu d’asile qu’ils veulent croire provisoire, mais, vous le savez, le conflit s’éternise, et certains n’hésitent pas à affirmer que toutes les parties ont intérêt à ce qu’il continue, à l’exception des populations.

Les réfugiés syriens musulmans sont majoritairement dans la vallée de la Bekaa. Ils vivent sous tentes, et. là encore ils ont vécu un hiver terrible, passant des nuits entières éveillés pour nettoyer les toits de leurs tentes de fortune pour pas que les maigres poutres qui soutiennent des bâches de fortune ne viennent à casser sous le poids de la neige. Nous avons passer une journée avec eux. Ce fut émouvant, et aussi désarmant. Les chiffres donnent le vertige. Population du Liban 4’500’000, réfugiés 2’000’000. Avec tous les problèmes collatéraux que cela représente: sanitaire, économique, scolaire. Les hommes ne trouvent pas de travail et perdent de fait leur dignité. Les enfants sont laissés à eux-mêmes et la tension monte avec les Libanais qui n’ont pas oublié 30 ans d’occupation syrienne.
D’autres réfugiés, principalement des chrétiens sont plutôt accueillis dans des maisons. Nous les avons rencontrés à Kab Elias, dans la Bekaa, et aussi dans le sud Liban qui voit une 60aine de familles irakiennes syriaques catholiques s’installer, mais, disent-ils, dans le but de partir rapidement aux Etats-Unis.

Quelques impressions générales: l’ambiance n’est vraiment pas à l’optimisme. Après les sourires, les avis se font tranchés. La guerre est à leurs portes, et certains affirment que ce n’est qu’une question de temps. Le Liban n’a toujours pas de président, et les deux ennemis d’hier Michel Aoun et Samir Gagea, qui sont accusés d’avoir assassiné le peuple libanais, discutent pour trouver une sortie de crise. Les libanais en ont marre que leur pays soient aux mains des bourreaux d’hier. Ces sentiments sont très largement partagés par les responsables d’Eglises. La situation en Syrie est très préoccupante. La Chine vient de signer un contrat exclusif de reconstruction d’Alep détruite maintenant à 75%. J’ai eu B’Chara, le pasteur d’Alep au téléphone. Il pleurait en me disant qu’il venait de présider les obsèques de deux enfants tués par une bombe. En rentrant du cimetière, ce sont 14 personnes de leur famille qui ont été tuées par une roquette. Vous n’imaginez pas les traumatismes liés à la situation de guerre et de violences.
Sans solution politique, il n’y aura pas de paix. Si les occidentaux ont une responsabilité évidente dans les conflits, entre autres par la livraison de matériel de guerre, ils en ont une plus grande, m’a-t-il dit, dans le processus de paix qui doit commencer maintenant.

Tous ceux que nous avons rencontrés m’ont redit la joie de nous voir venir les visiter. « Vous ne nous oubliez pas » nous ont-ils rappelé.
Nous nous préparons à l’assemblée générale de l’ACO qui aura lieu en octobre prochain au Liban. Ce sera une occasion, encore une, de leur redire que nous les aimons et qu’ils sont précieux pour nous.
J’ai décidé d’organiser un voyage en avril 2016. Comme d’habitude, je ne ferai pas de publicité large. Mais si vous êtes intéressé, n’hésitez pas à me demander le programme, je vous l’enverrai.
Pardonnez ce mail un peu long, mais je sais votre attention et vos pensées pour eux.

Avec mes cordiaux messages
André Joly