Prédication du pasteur Daniel Neeser, le 17 mai 2010
Réf. biblique : 2 Rois 2,1-14; Psaume 24; Actes 1,1-14

Je vous invite à regarder aujourd’hui ce récit de l’Ascension comme celui de portes qui s’ouvrent, celles du Ciel et celles de la terre. Elles s’ouvrent, au ciel, toutes grandes pour le Fils de Dieu. Son voyage est accompli et il retourne au Père. Du baptême, où les cieux se sont ouverts pour que passe la parole d’adoption « Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le », à la résurrection où les portes de l’enfer ont été à jamais brisées, le Fils a rempli son ministère. A l’Ascension, il franchit les portes éternelles et retourne là d’où il est venu: au Père.

C’est la deuxième séparation, une sorte de seconde mort. Il y eut la première, la mort imposée, reçue puis accueillie, ce passage par la violence et l’impuissance extrêmes, la séparation du Vendredi saint. Ce fut le passage par le baptême de la mort, cette coupe qu’il fallait boire.

Entre ces deux portes, naissance-baptême et mort-Ascension, dans son chemin sur terre, combien de portes Jésus n’a-t-il pas franchies ? Portes des maisons où il entrait et était accueilli, portes des villes qu’il venait illuminer de son passage, portes fermées par la crainte, ouvertes par l’espérance. Celle de l’étable puis de sa maison familiale à Nazareth, celle de la belle-mère de Simon-Pierre, celle de telle veuve ou tel malade. Il est entré à Capharnaüm, dans les synagogues, à Jérusalem, chez Zachée, dans le Temple, est passé par les portes du tribunal juif et celles du palais d’Hérode.

A sa suite, les disciples ont franchi eux aussi les portes des humains, des villes et des maisons, au nom de la Bonne Nouvelle et avec cette Bonne Nouvelle comme bagage. En les envoyant, Jésus leur disait: «Ne prenez rien pour la route, sinon un bâton ; ni pain, ni sac, ni monnaie de bronze à la ceinture, mais chaussez-vous de sandales et ne mettez pas deux tuniques. Dans toute ville ou tout village où vous entrerez, informez-vous pour savoir s’il s’y trouve quelqu’un qui est digne, et demeurez chez lui jusqu’à ce que vous partiez. En entrant dans la maison, saluez-la; si la maison est digne, que votre paix vienne sur elle; mais si elle n’est pas digne, que votre paix retourne vers vous. Lorsqu’on ne vous accueillera pas et qu’on n’écoutera pas vos paroles, sortez de la maison ou de la ville et secouez la poussière de vos pieds »[1].

A l’Ascension donc, Christ passe une nouvelle et dernière fois par la porte, celle qui relie le Ciel et la Terre, le Père et sa Création. C’est un second départ, comme une seconde séparation. Cette porte des Cieux, cette porte de Dieu est désormais illuminée par la victoire sur la mort, éclairée de la lumière pascale. L’Ascension est le temps nouveau qui commence, celui qu’on appelle le temps de l’Eglise et qui dure aujourd’hui encore, dont la fin sera célébrée lors des retrouvailles décisives entre Lui et nous.

Pourquoi partir, pourquoi mettre cette porte entre lui et nous, pourquoi ces anges qui rappellent étrangement celui qui garde à jamais l’entrée du jardin lors de l’expulsion d’Adam et Eve sur la terre…? Il s’agit bien d’une nouvelle séparation, d’un nouveau départ mais avec une absence, une vocation et une promesse : « Ne restez pas à contempler le ciel, il reviendra, mais désormais il n’est plus là. Allez… » Injonction qui n’est pas sans rappeler également les paroles des anges aux femmes le matin de Pâques: « il n’est pas ici, regardez l’endroit où il était, allez dire à ses disciples… ». Allez! Le sens de l’Eglise, la mission d’une paroisse est d’aller, d’ouvrir les portes, de briser les serrures.

C’est maintenant à nous qu’il appartient de franchir et d’ouvrir des portes, celles de l’humanité, celles de nos vies comme de nos maisons, à cette promesse et à cette solidarité nouvelle.

L’Evangile vous fait passeurs de portes, ‘franchisseurs’ de seuils, ‘effracteurs’ de verrous.  C’est parfois risqué, dangereux même… On peut ne pas être bienvenu… dans une famille, dans une paroisse, dans une école… Mais on le fait au nom de ce bagage qui nous est donné, bien plus important que sandales et manteaux: la bonne nouvelle que Christ a vaincu la mort, il en a franchi les portes et en est revenu. Parti, il reviendra par la même porte. Ouvrirons-nous alors nos portes à son retour ?

[1]    Mc 6,7-8 & Mtt 10,11-14