1. Il n’y a pas contradiction entre la Providence et le Dieu qui se révèle

Pour Calvin, Dieu a des manières d’agir différentes : il est tantôt providence, qui donne à chaque instant la vie à tous les hommes et fait en sorte que cette vie soit proprement humaine ; il est même providence spéciale, qui agit dans la vie de chacune et chacun par les événements heureux et malheureux qui le touchent et qui ne dépendent jamais du hasard ou du destin ; mais il est aussi Dieu de la révélation qui se rassemble un peuple élu, l’Eglise, dont les Juifs sont déjà partie.

Jusqu’où pensons-nous que Dieu agit dans le monde et dans la vie de chacun ? Croyons-nous que Dieu est un, même si les logiques de son action nous paraissent parfois déroutantes et même contradictoires ? Comment comprendre que Dieu soit le sauveur du monde à travers l’élection d’un petit peuple ?

 

  1. Il n’y a pas contradiction entre l’humanisme et l’appel à la sainteté

Selon qu’il considère Dieu comme la providence ou comme Celui qui se révèle, Calvin valorise l’humanisme ou la radicalité d’un appel à la sainteté. Les deux mondes tiennent ensemble par la volonté divine et dans l’interprétation que nous donnons à la loi :

D’un côté, la providence fait en sorte que chacun découvre les grandes lignes de cette loi dans sa conscience (Rm 2, 15) et par quelques grands principes d’équités comme la Règle d’or : « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te soit fait ».

De l’autre, les Juifs et les chrétiens savent que la loi ne s’exprime parfaitement que dans le

Décalogue en ses deux Tables, dans le service de Dieu et du prochain. Le chrétien est même appelé à davantage : retournant l’énoncé négatif du commandement en norme positive, il comprend qu’il n’est pas simplement appelé à ne pas tuer mais à tout faire pour que l’autre vive, qu’il ne doit pas simplement ne pas voler, mais faire en sorte que chacun dispose du nécessaire, etc. L’amour n’est pas contraire à la justice, il réclame plus de justice encore.

Que comprenons-nous de la volonté divine ? Que mettons-nous en pratique ?

 

  1. Il n’y a pas contradiction entre la première et la seconde alliance

Ces questions renvoient à la manière dont Calvin considère la première et la seconde alliance, et le rôle de la grâce en Jésus-Christ.
Tantôt, Calvin accentue la continuité des deux alliances et présente la grâce comme le fait de connaître plus intimement encore le sens de la volonté divine. Reste alors aux chrétiens de se rendre obéissants à la parole, faute de quoi Dieu devra les châtier. Il sera beaucoup demandé à ceux à qui il a été beaucoup donné.

Mais Calvin déclare aussi ne rien vouloir rien connaître d’autre que Jésus, comme le chrisme illuminé des armes de Genève le rappelle si bien : post tenebras lux ! La sainteté nous resterait inaccessible si Dieu n’intervenait pas en Christ, pour nous relever chaque fois, nous pardonner et nous remettre en marche.

Pourquoi la nouvelle alliance en Jésus-Christ ? Quelles continuités et discontinuités avec le judaïsme ? Comment comprenons-nous l’appel de Calvin à la sainteté personnelle et communautaire ?

 

  1. Il n’y a pas contradiction entre l’Evangile et la Loi

Comment comprendre aussi que la parole de Dieu soit promesse et exigence ?

Promesse, lorsque gratuitement libéralement, Dieu nous dit son amour et nous adopte pour ses enfants, sans préalable ni condition, attendant seulement que nous croyions Dieu véridique dans sa promesse.

Exigence, lorsque Dieu nous commande d’être saint parce qu’il est saint, enjoignant les fidèles à faire correspondre leur vie avec la volonté divine.

Suffit-il de penser avec Calvin que Dieu appelle les chrétiens à la liberté, une liberté où ils sont libres de tout, mais qu’une fois libres, leur liberté est de choisir d’obéir à la Loi ?

Dieu attend-il quelque chose de nous et, si oui, comment comprendre que son amour est gratuit ?

 

  1. Il n’y a pas contradiction à dire que le chrétien est agi par Dieu et qu’il doit agir

Pour Calvin, il n’y a pas contradiction à dire que nous recevons tout de Dieu et que nous devons mobiliser toute notre énergie pour devenir saints.

La grâce, c’est que Dieu nous donne son Saint Esprit pour que nous fassions ce que Dieu l’attend. Mais le Saint Esprit n’agit pas à notre insu, c’est à travers le renouvellement des facultés humaines – l’entendement et la volonté – que Dieu restaure l’humain et le rend capable d’agir.

Au bout du compte, nous voudrons ce Dieu veut, et il y aura une symétrie et un consensus entre la volonté divine et l’obéissance humaine. Cela ne se réalise pas en une minute, mais c’est le but de toute une vie.

Comment comprenons-nous le but de notre vie ? Ce but se reçoit-il ou se construit-il ?

Comment coopérons-nous avec Dieu ?

 

  1. La place donnée à l’Eglise ne contredit pas l’importance de la personne

Ce qui importe d’abord est la relation vivante du croyant à son Dieu, mais une fois justifié, celui-ci trouve en l’Eglise les aides nécessaires : dans la parole prêchée, dans les sacrements et même dans la discipline.

En principe, l’individu est premier et tous sont en position d’égalité, sans autre Médiateur que le Christ, mais l’Eglise est « mère et maîtresse » et c’est à travers ses ministres que Dieu la conduit.

Comment comprenons-nous la fonction de l’Eglise ? Jusqu’où acceptons-nous son aide et son autorité dans nos vies ?

 

  1. Il n’y a pas contradiction entre la radicalité et la vie ordinaire

Calvin refuse de poser une hiérarchie entre les chrétiens. La radicalité vaut pour tous ou sinon elle ne vaut rien. Tous sont appelés à la sainteté et il n’y a pas d’autre chemin pour cela que celui que Jésus emprunte. Celui qui s’engage pour Dieu et pour la justice entre les humains éveillera souvent la même opposition que Jésus et chacun sentira qu’il lui faudra mourir à lui-même pour se recevoir autrement de Dieu. Pour Calvin, nul ne pourra faire l’économie de la croix s’il veut entrer dans la résurrection.

Mais la vie chrétienne se joue aussi dans des choses simples et quotidiennes ; la famille, le métier, les engagements politiques. La radicalité de la vocation passe par la vie ordinaire, et par des vertus : la bonté, la générosité, le courage ou l’humanité.

Comment vivons-nous la tension entre idéalisme et pragmatisme ? Comment mettons-nous l’Evangile en pratique dans le concret de nos relations familiales, professionnelles, politiques ou économiques ?

 

  1. Il n’y a pas contradiction entre l’amour et la justice

Calvin réduit-il l’amour à la justice ou dénature-t-il la justice en amour ?

Ce qui est sûr c’est que l’un appelle l’autre. L’amour conteste ce que la justice peut avoir de trop chiche ou de trop intéressé ; la justice est la première traduction pratique de l’amour.

Si les réformés n’ont pas à sauver le monde – pour Calvin, une telle tâche n’appartient qu’à Dieu – ils ont au moins à le rendre présentable à Dieu en le rendant plus juste.

Comment dans chacune de nos vies et de nos Eglises vivons-nous le commandement d’amour ? Que faisons-nous pour rendre ce monde plus juste ?

 

Calvin, un saint ou un prophète ?

Calvin n’était pas un saint ; il n’a pas toujours été cohérent avec ses idées. Parfois prêt à des compromis, comme cela a été heureusement le cas avec Bullinger au sujet de la Cène

(Consensus Tigurinus), il s’est montré aussi intransigeant, intolérant et soucieux d’imposer son point de vue en ayant recours au pouvoir. Il lui est même arrivé de sacrifier ses propres principes, lorsque l’avenir de la Réforme dont il se voyait responsable se trouvait menacé. Le symbole le plus manifeste de cette face sombre du Réformateur est sa justification de la condamnation à mort de Michel Servet.

Mais Calvin reste un prophète, au sens où il a cherché à écouter l’Evangile dans sa radicalité et à lui donner une forme pratique, personnelle et sociale. Son interpellation sur l’accueil des étrangers, sur l’usage de nos biens, sur l’idée même que le bonheur promis par Dieu n’a pas d’autre expression que le paradoxe des béatitudes, attestent une vraie écoute du message évangélique.

Il n’est pas toujours agréable de vivre aux côtés d’un prophète ! Mais le prophète vient nous poser des questions – j’en ai mentionné quelques-unes avec ces thèses – qui nous obligent à voir aujourd’hui comment nous vivions notre fidélité à la parole divine… je me risque donc à ma propre réponse : lire la suite – Calvin aujourd’hui