1. Faut-il être « calviniste » ? Calvin et la théologie

Beaucoup des réformés ont renoncé aujourd’hui à parler de Dieu indépendamment du Christ, à la double prédestination, à la fascination de Calvin pour le pouvoir ou pour la sainteté. Ils ne renient pourtant pas leur réformateur.

Après tout, Calvin n’a pas voulu faire des disciples ; c’est de Jésus-Christ seul que les chrétiens doivent être disciples et Dieu lui-même n’a que des filles et des fils, pas des petites filles et des petits fils. En ce sens, l’Eglise réformée est toujours à réformer (semper reformanda).

Etre disciple de Calvin, c’est peut-être avant tout croire que si l’Evangile est Evangile de vie, il est Evangile à vivre !

 

  1. Qui sont les héritiers de Calvin ? Calvin et les Eglises

Selon l’accent qu’on mettra, on retiendra de Calvin son accent sur la liberté de conscience, l’individu, l’humanisme, le devoir moral et la tolérance ; ou bien son biblicisme, son insistance sur la discipline et sur l’affirmation d’une vérité théologique indiscutable.

Rien d’étonnant alors que le message de Calvin ait engendré des « libéraux » et des « orthodoxes », sans figer ces étiquettes et simplifier tous les courants divers que recouvre chacun d’eux.

Calvin a tout fait pour oeuvrer en faveur des Eglises protestantes : le défi est toujours actuel ; trouver une manière de vivre unis dans la diversité.

Une des originalités de Calvin est sa pneumatologie. On sait que c’est dans la mouvance pentecôtiste que le protestantisme se développe le plus aujourd’hui. Comment entrer en dialogue ?

 

  1. Calvin et la culture

Calvin a cherché une manière originale de penser le dialogue entre la culture et le christianisme qui n’est ni thomiste (la raison prolongeant la foi) ni luthérienne (la raison et la foi étant sur des registres radicalement différents).

Ce qu’il y a de meilleur dans l’esprit humain – Calvin pense à la philosophie, au droit, aux sciences, etc. – atteste de quelque chose de Dieu, mais ce n’est qu’en relation à Dieu qu’on comprend ce que Dieu veut vraiment : lui rendre honneur et servir le prochain.

Comment actualiser ce débat en référence aux droits de l’homme, mais aussi à la philosophie et même à l’art ?

 

  1. Calvin et le politique

On accuse souvent Calvin de théocratie et d’autres y voient un des pères de la démocratie.

Ce qui est sûr c’est que le politique a une place essentielle, pas seulement comme ordre de coercition pour mâter les méchants, mais comme préparation à prendre en compte concrètement la place de l’autre dans nos vies, à travers le droit et même les impôts.

Alors que le politique est souvent discrédité, les réformés doivent rappeler la fonction positive du politique.

Ils doivent aussi à la suite de Calvin, exercer si nécessaire une tâche prophétique lorsque le politique s’écarte de sa mission d’être une « figure de la providence », et même parfois entrer en résistance contre lui pour le restaurer dans sa véritable mission.

 

  1. Calvin et l’économie

Calvin s’est soucié de l’économie réelle en prenant le point de vue des pauvres. Cela lui a fait valoriser le travail et permettre le prêt à intérêt. Il a même été prêt pour cela à passer outre les textes bibliques en recherchant ce qui était le plus utile pour les gens.

Restent ouvertes plusieurs questions qui doivent être débattues dans nos Eglises : Calvin plaidait aussi pour une simplification de vie et une modestie qui rejoint l’aspiration de bien de nos contemporains. Que faire lorsque nous voyons que la croissance de l’économie repose sur une consommation toujours plus grande et moins justifiée ?

Que faire encore face aux réfugiés économiques qui cherchent dans les pays riches ce qu’ils ne trouvent pas chez eux ? Jusqu’où s’arrête le partage ?

Comment penser encore les relations internationales ? Le message de Calvin sur la justice ne reste-t-il pas d’une puissante actualité : faire pour nos prochains ce qu’on voudrait qu’on fasse pour nous, jusqu’à y risquer nos biens, notre honneur et même notre vie.

 

  1. Calvin et l’éthique

Pour Calvin, l’éthique – la recherche d’une cohérence communautaire et ecclésiale entre ce que nous croyons et nous vivons – fait partie du témoignage que nous devons rendre au monde.

Comment le vivons-nous la justice dans nos institutions ecclésiales et sociales, mais aussi dans nos vies personnelles, jusque dans leurs aspects les plus concrets : nos relations affectives et conjugales, notre femme de ménage, notre travail ou nos loisirs ?