Le 15 avril 2005 sous une pluie glacée et devant des personnalités officielles de tous bords, le cordon rouge donnant accès à la cour d’une magnifique demeure patricienne genevoise était solennellement coupé ! Attendu depuis un siècle, élaboré depuis plusieurs années, ce nouveau musée protestant se trouvait donc inauguré et cela en un lieu mythique, la Maison Mallet ayant été construite en 1722 par Gédéon Mallet, descendant d’une famille huguenote réfugiée à Genève au XVIe siècle, à l’emplacement du cloître de Saint-Pierre où, en 1536, la Réforme genevoise fut adoptée et où, dit-on, reposent les restes de Théodore de Bèze et Agrippa d’Aubigné.

Lors de la fête populaire qui suivit cette cérémonie, des milliers de curieux affluèrent pour voir de près ce nouveau repère historique à Genève. Et depuis, ce ne sont pas moins de 250’000 personnes qui en ont franchi les portes.

Certes, pour s’exposer, le protestantisme a du se faire violence, son rapport au monde se voulant par nature discret et centré d’avantage sur l’humain que sur sa propre destinée. Certes, l’idée même d’un musée de la Réforme à Genève est une idée ancienne, surgie dès la fin du XIXe siècle, au moment des grands engouements populaires et scientifiques pour la discipline historique comme recherche des origines. Ainsi des pionniers tels Théophile Dufour et Eugène Choisy, respectivement pasteur et professeur d’histoire du christianisme à l’Université de Genève, réunirent une collection de livres et d’archives ayant trait à la Réforme des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles et créèrent en 1897 la société du MHR (Musée historique de la réformation et Bibliothèque calvinienne). Une partie de cette collection est exposée au MiR.

Le jubilé calvinien des années 1959 voit le projet d’un musée relancé par le pasteur Max Dominicé, secrétaire général de l’Église protestante genevoise, mais la maladie et une fin précoce l’empêchent de concrétiser ce profond souhait. Il faudra attendre les dernières années du XXe siècle pour que le professeur Olivier Fatio reprenne le projet à bras le corps : entouré d’un conseil de fondation et d’une équipe de réalisation constituée entre autres par des muséographes particulièrement inspirés à la fois par le thème et le lieu, il réussit en un temps record à abattre les difficultés administratives liées à l’installation d’un musée au cœur d’une maison classée, les difficultés financières pour réaliser ce musée sans un centime d’argent public et les difficultés inhérentes aux thèmes représentés et à leurs supports (documents, objets et portraits peu attrayants).

Au terme d’une gestation quasi séculaire et d’un accouchement rapide mais aux forceps, le Musée international de la Réforme offre aujourd’hui une collection répartie sur quatorze salles et couvrant une superficie d’environ 500m2 sur deux niveaux : le rez-de-chaussée et le sous-sol de la Maison Mallet, communiquant ainsi avec le site archéologique sous la cathédrale Saint-Pierre pour former, avec les tours de la dite cathédrale et l’Auditoire de Calvin, l’Espace Saint-Pierre.

Dix ans après l’ouverture en 2005, le MiR aura donc plus que doublé sa collection permanente, acquis quelques pièces rarissimes, proposé plusieurs expositions temporaires dont celle des 500 ans de Calvin, des parfums bibliques ou de la satire religieuse, remporté un prix prestigieux (Prix du Musée 2007 du Conseil de l’Europe) et organisé de nombreuses conférences et activités pour le jeune public.

A l’avenir, de nouveaux projets attendent l’équipe étoffée qui en assure la promotion : pour ses dix ans une exposition avec le Mamco («Le ciel devant soi. Photographie et architecture religieuse» 28 avril- 25 octobre 2015), une exposition pour les 500 ans de la Réforme fin 2016 autour des «Chemins de la Réforme», un réaménagement de certaines salles de la collection permanente et, au-delà, l’ambition toujours plus grande de répondre aux attentes d’un public en mal d’émotions et de grands récits.

On l’aura compris, exposer une idée, la Réforme, n’est pas aisé et le mérite des concepteurs en ressort d’autant mieux qu’ils ont réussi à aborder autant des thématiques théologiques ardues, telle la prédestination, que des faits historiques complexes, tels l’afflux des réfugiés dans la Genève de Calvin, la diffusion de la Bible par le biais de l’imprimé ou encore la polémique religieuse née au XVIe siècle. A chaque recoin du musée, une mise en scène drôle ou émouvante mais jamais artificielle vient appuyer l’objet : ici des assiettes de théologiens qui parlent au cours d’un banquet, là des façades médiévales mobiles qui s’élèvent avec l’arrivée des réfugiés, là encore la réplique d’une presse du XVIe siècle ou des tourniquets affichant les caricatures satiriques des débuts de la Réforme ainsi que celles de leurs opposants.

Ainsi le musée d’histoire que veut être le Musée international de la Réforme s’inscrit dans une perspective de respect des identités mais récuse la perspective identitaire de défense militante d’une confession. C’est l’histoire, même subjective, qui prime sur la mémoire, même juste. Une mémoire laissée davantage au récit de chaque visiteur, qui résonne en écho du récit historique proposé par l’objet exposé.

Isabelle Graesslé, directrice

Site officiel du Musée international de la Réforme (MIR)