Article hommage à paraître dans Réformés – Février 2017

Constructrice de ponts entre religion et sexualité, Juliette Buffat nous a quittés.

Connue pour ses chroniques dans différents médias, dont GHI, Fémina ou la Vie protestante, la sexologue Juliette Buffat était aussi très engagée dans l’Eglise de Genève. Elle s’est éteinte samedi 7 janvier à l’âge de 57 ans.

«Une femme de foi, engagée, avec une énergie de vie remarquable qui savait parler de la complexité humaine sans tabous, avec beaucoup de simplicité et de pudeur». C’est le souvenir que la pasteure genevoise Elisabeth Schenker gardera de Juliette Buffat, médecin bien connue en Suisse romande, décédée en janvier.

Rédactrice à la Vie protestante de Genève, consistoriale, prédicatrice … Juliette Buffat était très engagée au sein de l’Eglise protestante de Genève en sus de son travail de sexologue.

«J’ai constaté que la religion était souvent un obstacle à l’épanouissement sexuel», a déclaré Juliette Buffat lors d’une interview donnée à la suite de la publication de son premier livre en 2014, «Le sexe et vous». Alors qu’on confère à la Bible toutes sortes d’interdictions, «je me suis rendue compte qu’il y avait très peu d’interdits dans le texte lui-même. A aucun endroit, l’onanisme n’est condamné», poursuivait-elle.

La religion avait une place primordiale dans la vie de la thérapeute. «J’aime être à l’intersection du corps, du cœur et de l’esprit», déclarait-elle dans la même interview. Interrogée à la même époque par la Vie protestante, la psychiatre, révèle qu’à 18 ans elle a hésité entre médecine et théologie. «Fais médecine et tu feras ta théologie à 50 ans», lui avait alors conseillé un ami. Et, à peu de choses près, c’est ce qui s’est passé, puisque dès 2009, elle participera à la 19e volée de l’Atelier œcuménique de théologie. Une formation qu’elle enchaînera avec la première formation officielle de prédicateurs laïques mise en place au sein de l’Eglise protestante de Genève.

«“Dans ma famille, on pouvait parler librement de sexualité. Il n’y avait aucune gène. Le sexe n’était ni tabou, ni sale, ni un péché. Il était un sujet de joie et de divertissement.” Et la sexologue de rappeler combien il lui paraissait incongru, à l’adolescence, de voir ses copines se poser des questions entre elles, plutôt qu’à leur mère… “C’est dans mon cabinet que j’ai constaté l’étendue des barrières en la matière, et leur lien avec les religions. Or, ces freins sont souvent vécus par les personnes non pratiquantes, les personnes vivant leur foi au quotidien semblant avoir moins d’a priori sur le sujet”», constatait Juliette Buffat dans la VP.

La doctoresse s’est toutefois éloignée de l’Eglise après son divorce. «J’avais fait ma confirmation le jour même de mon mariage. J’ai donc vécu cette séparation comme la trahison d’un engagement que j’avais pris devant Dieu et les autres. Pendant plusieurs années, je n’ai pas osé retourner à l’Eglise», relate-t-elle dans la VP.

Dans sa pratique professionnelle, la promotion d’une vie sexuelle décomplexée à tout âge a toujours pris une place importante, que ce soit en cabinet, dans ses recueils de questions, dans ses interventions médiatiques, lors de cafés sexologiques ou cafés couples. Elle s’est aussi engagée dans la formation continue du personnel médical et dans la prise en charge des troubles de l’identité sexuelle.

Personnalité pétillante et  généreuse, Juliette Buffat restera dans nos cœurs.