EPG Info – Décembre 2017
Par France Bossuet Rutgers, chargée de ministère d’accueil et de rayonnement de l’Espace Fusterie

Nous sommes une Eglise de témoins. Nous vous invitons à découvrir, dans nos éditions d’EPG Info, la foi qui nous anime. Place aujourd’hui au magnifique témoignage de France Bossuet.

« Je rends grâce d’avoir été accueillie dans cette vie par toute ma famille, avec beaucoup d’amour et de joie, et avec le sentiment, très jeune, de me sentir aimée, accompagnée de Dieu, et remplie de sa joie.
Accueillir est donc essentiel pour moi.

Dieu, avant tout, est celui que je désire accueillir et servir, par la prière, l’écoute, la lecture et l’étude inlassable et roborative de sa Parole. Je sais qu’Il est là, à mes côtés, et, j’aimerais partager avec vous deux moments (particuliers) de ma vie qui ont été marquants, bouleversants de félicité, où « je me suis sentie véritablement saisie » par Sa présence.

Tout d’abord, c’est lors de la préparation de la présentation de mon fils David, tandis que j’étais en train de prier avec des parents, de rendre grâce pour la venue tant attendue et espérée de notre enfant, que je me suis sentie soudain enveloppée d’une chaleur, envahie d’un sentiment bienfaisant de plénitude, de joie profonde, de sérénité.

Puis, sur mon chemin, se sont soudainement succédé deuils, maladies de proches, chômage. Je me suis retrouvée, un jour, assise sur mon lit, perdue, me sentant terriblement seule, en larmes, ressassant tous ces jours sombres … tous ces jours passés sans Dieu. Je n’arrivais plus à prier, plus à lire la Parole. Comment Dieu pouvait-il m’abandonner ? J’ai alors commencé à arracher toutes les pages non lues de mon calendrier biblique, quand des (P)paroles m’ont frappées, touchées. Au recto, une Parole biblique « Or aucune discipline, pour le présent, ne semble être un sujet de joie, mais de tristesse ; mais plus tard, elle rend le fruit paisible de la justice à ceux qui sont exercés par elle. C’est pourquoi, redressez les mains lassées et les genoux défaillants » (Hébreux 12, 11-12). Au verso, une parole, c’est-à-dire un commentaire qui me disait en substance de ne pas m’asseoir au bord de mon lit pour pleurer, car je ne suis pas seule, puisque Jésus est là et m’accompagne dans mon désert, car Lui seul connaît vraiment mon désarroi et qu’Il m’invite à me relever !

Ces (P)paroles ont été comme une clarté ressuscitante, comme un souffle revigorant, comme un baume apaisant. Je changeais de regard pour voir enfin les mains tendues (le soir même deux personnes me téléphonaient inquiètes de mon silence), pour redécouvrir pas à pas ce qui est bon et beau, pour renouer avec Dieu. Car par-dessus tout, ces (P)paroles m’ont permis enfin de connaître, de reconnaître Jésus-Christ. Ce Christ qui, à travers Dieu, s’était pourtant fait proche dans les épreuves que je traversais… ce Christ ayant endossé la condition humaine jusqu’à l’inéluctable, lui seul pouvait me permettre de comprendre, de reconnaître et d’accepter ma vulnérabilité. 

Car Dieu était là, mais Il n’était pas présent comme je l’espérais, comme je le voulais. Dieu n’avait pas empêché tout ce qui était arrivé, mais il m’offrait force, courage, joie et espérance pour sortir de mon « enfer-me-ment », et m’enjoignait à abandonner tout ce qui me clouait sur place pour me conduire vers la Vie et la Joie, dans les pas de son Fils. Douloureux, mais ô combien salutaire passage d’une foi d’enfant à une foi d’adulte.

Si accueillir Dieu, accueillir le Christ, est essentiel, accueillir mon prochain l’est tout autant, puisque Christ nous dit sa présence dans la rencontre avec l’autre. Me savoir aimée me donne, depuis toujours, la confiance et l’élan pour aller à la rencontre de tous, pour échanger un regard, un sourire, une (P)parole, …une prière. Et le jour où un inconnu, en me prenant dans ses bras, m’a dit avec beaucoup d’émotion et de joie, « Si tu n’avais pas pris le temps de t’arrêter ce jour-là pour m’écouter, me parler, je ne serais plus là aujourd’hui », j’ai alors pris pleinement conscience de la portée de ma présence, de mes mots… de ma responsabilité et aussi de cette interrogation de Caïn « Suis-je le gardien de mon frère ? ». 

Je comprends cette question comme une invitation, ou plutôt comme une exhortation à être la gardienne de mon frère et de ma sœur, en osant une vie spirituelle féconde dans le partage de la P(p)arole, du pain, des rires mais aussi des larmes… en église mais aussi hors de l’église, pour témoigner de cette Vie qui nous est donnée, de cet Amour qui est pure grâce, de cette Parole qui nourrit, relève, mais aussi de l’expérience de cette Parole. Sans oublier de proclamer cette Espérance en Christ, « le Plus-que-Vivant* », ce « fou** » qui est venu me dire, nous dire, « qu’il pense que l’on peut goûter à une vie si abondante, qu’elle avale la mort **».

Être la gardienne de mon frère et de ma sœur, c’est également protester, quand leur dignité humaine est bafouée, quand l’injustice les frappe…
c’est résister pour ne pas me laisser entrer en tentation d’un silence, d’une surdité, d’un repli voire d’une fuite confortable…
c’est m’engager, certes à ma mesure, auprès de toutes celles et tous ceux qui me sont confiés, et plus particulièrement auprès des personnes vulnérables, fragiles,… perdues.

Être la gardienne de mon frère et de ma sœur…c’est dire et redire ma reconnaissance de la confiance, la bienveillance, la compassion, l’amour, l’amitié, que me témoignent les personnes qui m’entourent, ma famille, mes ami-e-s, mes collègues.
Être la gardienne de mon frère et de ma sœur, c’est grandir ensemble en humanité, humanité que le Christ est venu partager…un soir de Noël avec nous tous.
Noël, cette nuit qui m’émeut et me remplit de joie parce que c’est une invitation, toujours renouvelée, à accueillir la naissance d’un tout-petit fragile, avenue du Souffle d’amour, de la rencontre intime du ciel et de la terre et de la révélation d’un Dieu de Lumière et d’Espérance. »


*Francine Carrillo, titre d’un de ces ouvrages
**Christian Bobin, L’homme qui marche