Déclaration de l’Eglise protestante de Genève relative à la votation du 25 novembre 2018 sur l’initiative populaire dite « des juges étrangers »

Parce que l’Eglise protestante de Genève est profondément attachée à l’histoire et au destin de ce canton façonné par le christianisme éclairé, l’Europe et le monde – une histoire et un destin qui vont jusqu’à être magnifiés par l’expression de « l’esprit de Genève »;

Parce que ce destin consenti a depuis longtemps ouvert notre Eglise à sa vocation, qui se nourrit d’une attention à une communion plus large que les frontières nationales, et que cette perspective lui a ouvert des horizons spirituels et œcuméniques inédits;

Parce que, à l’évocation de l’apôtre Paul, un membre d’un corps ne saurait s’abstraire par aveuglement identitaire ou pur orgueil d’une communauté de destin plus large (cf. 1Co 12,14-27), et que cette métaphore spirituelle déploie aujourd’hui son écho jusque dans l’expérience politique;

Parce que la démarche des initiants apparaît ankylosée par des mécanismes bien connus en Eglise que sont le fondamentalisme (comme piège de la conviction solitaire) et le congrégationalisme (comme tentation identitaire et abrogation des médiations institutionnelles);

Parce qu’on ne badine pas avec les droits fondamentaux qui nous lient à la communauté internationale par-delà les sensibilités politiques, et qu’on ne saurait considérer que dénoncer la Convention européenne des Droits de l’Homme (CEDH) soit un effet collatéral possible à une décision du peuple souverain (lequel n’est toutefois pas tout-puissant et ne saurait le croire);

Parce que la Suisse ne s’est pas construite toute seule, qu’elle a toujours su composer avec créativité devant des forces adverses et complexes, internes et externes, et que ses valeurs fondamentales sont inscrites dans la modernité et pas dans une nostalgie médiévale;

Parce que notre pays s’est efforcé, au fil de son histoire, de tenir compte et de ménager ses minorités, et que sa construction même, dans le subtil équilibre des représentations fédérales, reflète ce souci constant de la paix dite confessionnelle et civile;

Parce que le système politique et la Constitution suisses ont été positivement influencés par l’expérience des interactions européennes voire mondiales, et notamment par la CEDH, dont nombre de principes sont venus enrichir notre déclaration fondamentale et notre compétence jurisprudentielle;

Parce que la politique et le travail parlementaire fédéraux ne sauraient se concevoir sans recherche de consensus, où le bien commun, l’expérience longue et le discernement l’emportent sur les intérêts particuliers, fussent-ils majoritaires;

Parce que les véritables processus juridiques en jeu sont bien plus complexes, prudents et avisés qu’il n’est décrit par les initiants, et qu’une politique responsable ne se construit pas à coup d’arguments réducteurs, exagérément ironiques ou fallacieux, ni par une posture revancharde qui va jusqu’à inquiéter le sens même de nos institutions;

Pour ces raisons notamment, l’EPG vous recommande la plus grande prudence citoyenne au moment de voter le 25 novembre 2018 ou da manière anticipée  sur l’Initiative pour l’autodétermination, et ne pas lier votre vote à des arguments maladroits et à une perspective politiquement et spirituellement appauvrissante pour notre pays. La Suisse doit rester le cœur vivant de l’Europe, elle ne saurait s’incurver davantage sur elle-même et se croire autosuffisante.

 

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