Le financement de l’Eglise protestante de Genève a été largement abordé durant ce Consistoire. Des changements sont-ils agendés ?

Valérie Chausse, codirectrice de l’Eglise protestante de Genève en charge notamment des finances : Il est nécessaire de se poser des questions d’ordre général, non seulement en termes opérationnels, mais également plus largement, en incluant les lieux. Nous devons trouver comment travailler tous ensemble, avec le même objectif. La particularité de notre Eglise est qu’elle dépend des dons à 93% ! Cela rend sa situation financière fragile. Le nombre de donateurs diminue constamment depuis plusieurs années ; les sommes reçues aussi. Cette situation nous inquiète. Le résultat opérationnel de l’immobilier de rendement hors mission, de l’ordre de 7%, est lui aussi très inférieur à ce qu’il devrait être pour assurer une plus grande indépendance.

Notre système de financement, hérité d’une époque où l’on donnait à l’Eglise protestante de Genève que l’on soit proche ou distancé, risque d’être obsolète d’ici une quinzaine d’années. Il faut dès aujourd’hui poser les bases d’une évolution du financement et effectuer une remise en question profonde afin de pérenniser nos ressources et de les développer pour assurer le futur. Une plus grande part pourrait provenir directement du terrain, c’est-à-dire des paroisses et des lieux eux-mêmes. Il est plus que jamais nécessaire de porter une attention particulière aux personnes distancées qui se rapprochent de l’Eglise protestante de Genève par une activité ou un ministère particulier. Le registre sera également davantage rempli depuis le terrain, c’est-à-dire par les personnes impliquées dans les différents ministères de l’Eglise protestante de Genève, puisque les informations reçues de l’Etat se raréfient. La création d’une Commission du Consistoire va être proposée afin de repenser le financement actuel.

Le Consistoire avait déjà inscrit les priorités de la Mission à son ordre du jour lors des Consistoires de juin et de septembre dernier. Quelles sont les avancées ?

Charles de Carlini, vice-président du Conseil du Consistoire, et Joëlle Walther, coprésidente de l’Assemblée du Consistoire : Neuf des dix actions communes que le Consistoire a décidé de soutenir commencent à se concrétiser. Citons par exemple un guide répertoriant des lieux et des temps de prière proposés par l’Eglise protestante de Genève dans tout le canton, qui sera mis dès 2019 à disposition de tous ceux qui ont envie de prier en communauté. L’Association Perspectives Protestantes, qui organise une journée d’étude et publie deux revues par année, s’est de son côté montrée intéressée à participer à l’élaboration d’« une thèse par mois ». Quant au Bar du Paradis, un stand en kit destiné à témoigner de sa foi dans la rue auprès du grand public, il est déjà régulièrement demandé par les paroisses. C’est une action commune qui fonctionne très bien.

« L’Eglise invite » est l’une des autres actions communes de mise en œuvre des priorités de la Mission. Afin de ne pas surcharger les lieux, le Consistoire a accepté de combiner ce projet avec l’Assemblée de l’Eglise 2020. Les différents lieux de vie paroissiale mettront sur pied une action « portes ouvertes » et chacun pourra y inviter des amis et des connaissances, qui ne savent rien ou peu de l’Eglise, à venir partager un moment de fête. Cette journée se déroulera simultanément dans tous les lieux d’Eglise durant le week-end du 16-17 mai 2020. Chaque lieu décidera du type de fête qu’il souhaite organiser : culte, spectacle, repas canadien, concert, conférence, fête des familles ou intergénérationnelle. Deux cultes cantonaux rassemblant toute l’Eglise auront également lieu les 19 mai 2019 et 3 mai 2020 à Saint-Pierre.

L’Eglise protestante a acheté une photographie afin de soutenir l’Aquarius, expliquez-nous cette démarche ?

Charles de Carlini : Le « bateau citoyen » Aquarius est affrété par l’Association SOS Méditerranée en partenariat avec l’organisation caritative Médecins sans frontières afin de secourir efficacement, dignement et de manière pérenne les migrants en détresse en mer Méditerranée. Cet impératif doit primer sur la politique de droit international. SOS Méditerranée est une association civile indépendante de tout parti politique et de toute confession. Depuis février 2016, l’Aquarius a assisté près de 30’000 personnes.

SOS Méditerranée a appelé à une mobilisation citoyenne de grande ampleur afin de soutenir ce dispositif de sauvetage en mer, confronté récemment à de sérieuses entraves. Afin de récolter des fonds, l’agence de presse genevoise LargeNetwork a organisé, début novembre, une exposition-vente de 200 photographies originales offertes par leurs auteurs. L’Eglise protestante de Genève a décidé de soutenir cette cause en acquérant l’une de ces œuvres, une photographie de Christian Lutz. 

Ndlr : SOS Mediterrannée et MSF ont annoncé le 6 décembre renoncer à leurs opérations de sauvetage. Toutefois, les associations ne baissent pas les bras et cherchent une solution de remplacement.

Des personnes fréquentant l’Oasis ainsi que l’une de ses coordinatrices, Marianne Extermann, sont venues présenter cette activité d’aide aux sans-abris. Comment fonctionne-t-elle ?

Charles de Carlini : L’Oasis est une action œcuménique destinée à accueillir des personnes sans domicile fixe ou abîmées par la vie. Tous les lundis depuis plusieurs années, elle les reçoit dans les locaux de la paroisse de la Servette. Ces personnes se voient offrir un repas chaud et des habits si nécessaire. Elles peuvent se doucher, faire une lessive et, surtout, sont écoutées et réconfortées. Toutes ces prestations sont bien sûr gratuites.

C’était très émouvant d’entendre ces personnes témoigner de leur vécu. Toutes ont insisté sur la chaleur trouvée sur place, parlant même de nouvelle famille. La particularité de cette association, soutenue par l’Eglise protestante de Genève et par l’Eglise catholique, est qu’elle donne à chacun la possibilité de mettre la main à la pâte en participant pleinement aux actions organisées. Ce jeudi soir, par exemple, ce sont elles qui ont préparé le repas pour les participants au Consistoire.

Le Consistoire a accepté le principe d’une démarche visant à encourager l’acceptation en votation populaire de la nouvelle loi sur la laïcité. Pourquoi cette décision peu fréquente ?

Joëlle Walther : Oui, c’est rare. Le Consistoire a accepté de déléguer à son Conseil et à la Direction de l’Eglise protestante de Genève la démarche visant à encourager l’acceptation de la nouvelle loi sur la laïcité. Lors de la campagne des votations populaires du 10 février prochain, l’Eglise protestante de Genève se positionnera en faveur de cette nouvelle loi, attaquée par référendum, et le fera savoir aux Genevois.

Vous retrouverez en mars sur notre site internet le Mémorial du Consistoire qui contient toutes les discussions et décisions de la session de novembre. Seul le Mémorial adopté fait foi.