La consécration des cinq ministres de l’Eglise protestante de Genève a été un beau moment émouvant pour ces hommes et ces femmes qui ont voué leur vie à la population pour transmettre le message d’amour et d’espérance de l’Evangile. Retour en images sur le culte du dimanche 15 avril et entretien sur leur vocation.



Le dimanche 15 avril a été l’occasion de belles réjouissances pour l’Eglise protestante de Genève (EPG) qui a consacré cinq nouveaux ministres lors d’un culte dédié.

Réformés les a rencontrés. Entretien par Anne Buloz.

Pourquoi avez-vous demandé votre consécration ? Nathalie Schopfer (NS): Je la conçois non pas comme un aboutissement mais plutôt comme une étape sur mon cheminement de foi. La consécration est la reconnaissance d’une vocation. Par rapport à ce que j’ai tissé avec la communauté dans laquelle je suis depuis quelques années, je trouvais que cela faisait sens de faire cette demande maintenant, de reconnaître pas seulement ma vocation mais aussi le ministère que j’exerce.                                                       

Nicolas Lüthi (NL): Avec la commission des ministères, nous avons senti que c’était le bon moment. Après un temps de ministère, j’étais plus qu’un moteur, il y avait quelque chose de bâti au sein de la communauté qui pouvait aussi me porter dans cette démarche.

Annick Monnot (AM) : Pour moi, la consécration est un peu l’aboutissement du choix de formation, de vocation. C’est une orientation qui est choisie, formée, pratiquée puis après reconnue et discernée. Ensuite, cela devient plus communautaire, plus public. C’est pourquoi pour moi cela fait sens maintenant.

Gabriel Amisi (GA) : C’est une idée que j’ai muri pendant très longtemps, parce que la consécration est une étape qui fait partie intégrante de mon cheminement vocationnel. Tout est parti d’un désir profond que j’ai ressenti tout jeune, à l’âge de 12 ans. Il me fallait discerner si c’était ma vocation, si c’était vraiment un appel de Dieu. Avant de devenir pasteur, j’ai été étudiant, stagiaire, ainsi de suite. Toutes ces différentes étapes étaient des moments de discernement tant au niveau personnel qu’au niveau communautaire.

Que signifie pour vous le fait d’être consacré ?

NS : Il y a une part de reconnaissance de mon implication dans l’Eglise et dans la vie de l’Eglise à travers mon ministère. Lors de plusieurs étapes dans mon cheminement spirituel, des ‘Oui’ ont retenti en moi. A l’adolescence, j’ai voulu être baptisée pour dire à Dieu que je voulais être là. La consécration, c’est aussi ce ‘Oui’ à la vie ministérielle, un ‘Oui’ à la vie de notre Eglise qui est belle dans sa diversité.

NL : C’est la reconnaissance de la part de l’Eglise de mon ministère, de mon travail, de mon charisme aussi, au sens de la manière dont j’habite le ministère, ma personnalité. Et aussi la notion d’être porté par l’Eglise dans cette tâche.

AM : Il y a un côté formalité, dans le bon sens du terme. Dans la Bible, par exemple, lors de leur longue marche dans le désert, les Hébreux déposaient sur le sol, en signe de leur passage, des cailloux même s’ils savaient qu’ils n’y retourneraient pas pour longtemps. Ils posaient ces pierres parce qu’ils avaient besoin de le faire, pour marquer les étapes. Pour moi, c’est quelque chose de cet ordre-là. C’est une pierre posée pour marquer une étape.

GA : C’est une étape supplémentaire, mais pas un engagement supplémentaire. On est là dans un processus qui continue mais qui, cette fois-ci, va revêtir son caractère universel. C’est peut-être cela qui va être vécu et exprimé le jour de ma consécration. C’est-à-dire que je ne serai pas uniquement pasteur dans la région Arve et Lac, mais aussi pasteur du Christ, c’est-à-dire un de ses appelés pour assurer la mission que mon Eglise me confie. Par cette consécration, c’est l’Eglise en tant que corps mystique du Christ qui reconnaît en moi cet appel.

Elisabeth Schenker (ES) : Cela marque quelque chose, oui, une étape. Ce n’est pas un engagement supplémentaire envers l’EPG car le mien est déjà total. J’ai été amenée à considérer la consécration comme quelque chose qui serait l’équivalent de la confirmation par rapport au baptême, où finalement on réaffirme que c’est bien cela notre vocation dans ce lieu-là. C’est aussi un événement qui est public, un temps de reconnaissance mutuel.

De quoi votre engagement est-ilporteur?

NS : Mon Ministère est coloré de ma personnalité. Etre pasteure est un métier dans lequel on ne peut qu’être entier, être soi. Pour moi, le ou la pasteure est celui qui rassemble, qui rejoint ceux qui sont distancés et qui est là pour peut-être renforcer les liens d’une communauté. C’est un rôle de passeur de liens, de liant et de transmetteur. Une transmission qui passe bien sûr par la parole, mais aussi à travers ma manière d’être.

NL : J’espère qu’il est porteur de créativité et de liberté. Pour me présenter au Consistoire, j’ai proposé un sketch sur un pasteur jardinier. Il y a toute une part de son jardin qu’il ne maîtrise pas, qui croît en dehors de lui. Pour cela, il est nécessaire de laisser faire la terre. C’est la posture que j’essaie d’habiter au sein de mon ministère. J’aime laisser cet espace libre, notamment avec les « Cultes autrement ». Les dix membres de l’équipe amènent leur pierre à l’édifice, peuvent offrir un bout de soi et oser créer. Je suis dans l’optique d’accueillir et de mettre ensemble tous ces talents. J’ajoute juste de l’engrais. C’est aussi ma manière de vivre le catéchisme.

Que souhaitez-vous apporter aux gens ?

NL : Qu’ils puissent rencontrer Dieu et que leur foi puisse croître. Qu’ils soient en lien avec cette ressource en eux. Je suis content s’ils n’ont plus besoin de moi.

AM : Une relation simple avec Dieu qui, lui, ne complique pas les choses. Mon souhait est de mettre les gens en contact avec la Bible de manière accessible, avec la conviction qu’elle va leur parler dans ce qu’ils auront besoin, eux, à ce moment-là.

GA : Leur annoncer que nous avons un Dieu vivant, qui a tant aimé le monde qu’il nous a envoyé son fils, Jésus-Christ. Il est venu habiter parmi nous en la personne de Jésus, il a expérimenté notre condition humaine, sauf le péché, il est mort ressuscité et il va revenir. Donc la première annonce est que nous croyons en un Dieu vivant qui est là, qui ne nous abandonne pas, à qui l’on peut s’adresser et qui nous répond à chaque fois. Deuxièmement, c’est un Dieu d’amour mais aussi un Dieu plein de miséricorde qui est prêt à nous relever à chaque fois que l’on tombe. Et dire qu’il y a une vie qui nous attend après cette vie. Tout cela, on peut le résumer dans l’Evangile que le Christ nous a laissé. Je souhaite être le témoin du Christ, témoin de son Evangile, parmi son peuple. Cela peut se décliner sous différentes formes, pas seulement prêcher ou célébrer un culte. A chaque occasion de ma vie, je reste et demeure témoin du Christ et à chaque occasion qui m’est donnée je devrai témoigner de l’Evangile du Christ.

ES : Quand les disciples sont envoyés dans Luc par Jésus, ce n’est pas pour apporter quoi que ce soit mais pour accueillir ce qu’ils vont recevoir lors de leur rencontre. J’envisage mon ministère comme un service. Je suis au service de ce qui émerge dans les lieux. J’accompagne les gens dans les questions qu’ils peuvent se poser à la lumière des textes de l’Evangile. C’est en cela que je me sens tout à fait réformée. Je suis dans la lignée des pasteurs-interprètes. Mon lien particulier à la Bible, en tant qu’exégète, fait que je me rends compte que la tradition ecclésiale en général a surfé sur beaucoup de malentendus, d’interprétations qui visaient à combler les vides laissés par les textes. Pour moi, ces vides-là doivent justement être laissés vides. C’est une relation qui s’engage entre les textes de la Bible, de l’Evangile en particulier, et les gens.

Comment voyez-vous la suite de votre parcours au sein de l’EPG ?

NS : J’ai ce double ministère depuis un an et demi. Je trouve très enrichissant d’être dans deux postures pastorales très différentes : celle qui accompagne et celle qui rassemble. Les attentes ne sont pas les mêmes, c’est à la fois enrichissant et un défi que d’être attentive à ces besoins variés. Je me vois bien prolonger cela encore plusieurs années.

NL : Pour l’instant, j’ai trouvé un lieu qui est adéquat avec ce que je peux offrir.

AM : Je vais quitter l’EPG au terme de cette année scolaire pour rejoindre l’Eglise Berne-Jura-Soleure, où je suis déjà engagée à temps partiel.

ES : Pasteur, pour moi, c’est prêcher. C’est incontournable. Mon ministère est plutôt orienté vers la mise en lien des gens les uns avec les uns, la mise en lien déjà avec les textes, avec le corps des textes, avec la voix des textes qui traverse le temps. Et puis en lien les uns avec les autres parce que la venue de Jésus de Nazareth a pour but que l’on arrête de chercher Dieu dans le ciel mais que l’on donne toute sa place à la relation.

J’ai aussi un pôle accompagnement qui est très développé puisque je suis pasteure-aumônier dans les hôpitaux. Le service funèbre et l’accompagnement des familles en deuil me sont très importants.

Comment voyez-vous l’avenir de l’EPG ?

NS : Pour moi, le renouvellement de l’Eglise et sa pérennité passent par une Eglise qui rejoint les contemporains dans leurs questions et leurs préoccupations. L’éco spiritualité peut être une porte d’accès, les gens étant de plus en plus conscients de leur impact environnemental. Beaucoup ont envie et besoin de repenser leur manière d’être, de consommer, de vivre. Je pense que l’Eglise a un message et une place à tenir dans ces réflexions-là et dans des actions de cet ordre-là. Les textes bibliques nous rappellent que nous sommes garants de la Création. Nous sommes responsables de la manière dont nous traitons notre environnement et le transmettrons aux générations futures.

NL : Sereinement. Je crois vraiment qu’il y a un renouveau. C’est une chance d’avoir moins de postes : on ne peut pas continuer à tout faire et à tout maintenir. Tout ne peut plus transiter par le ministre, c’est très sain de se décentrer. Je parle de « wikiparoisses », les systèmes wiki où l’on s’occupe de la structure mais pas du contenu qui est alimenté par les utilisateurs. Certaines tâches incombent aux ministres, c’est évident. Mais il faut souffler et porter les impulsions et les idées qui viennent de la communauté. Ce changement permet que chacun trouve sa place et ne soit pas juste consommateur.

GA : L’univers religieux est en pleine mutation. Nous devons mettre l’Evangile du Christ au cœur de toutes nos réflexions, de toutes nos actions, de tout ce que nous faisons ; revenir vraiment à la source plutôt que de passer autant de temps dans des réformes structurelles.

ES : Si l’EPG parvient à retrouver une identité vraiment forte et réformée, son avenir est assuré. Par contre, si elle continue d’essayer de vouloir répondre à ce que l’on s’imagine être des besoins dans l’air du temps, alors les choses sont moins certaines, la pente est plus glissante. L’EPG est réformée de par sa naissance, c’est dans son ADN, c’est cela qui fait son identité. Si elle se met à vouloir ressembler à autre chose, par exemple aux églises évangéliques, je doute qu’elle y parvienne aussi bien qu’elles. 


Qui sont-ils ?

Nathalie Schopfer (32 ans) occupe un double ministère, à la paroisse de Petit-Lancy St-Luc (60%) et en aumônerie d’hôpital (40%).

Nicolas Lüthi (32 ans) est pasteur dans la Région Centre-Ville Rive Droite.

Annick Monnot (52 ans) termine son mandat de diacre dans la Région Arve et Lac.

Gabriel Amisi (41 ans) est pasteur à la paroisse de Chêne (80%) et pour le ministère « Témoigner ensemble à Genève » à 20%.

Elisabeth Schenker (56 ans) est pasteure à la paroisse de Carouge (50 %) et pasteur-aumônier des hôpitaux (50 %).


En savoir plus: lisez les déclarations de foi des consacrés