Où es-tu ? Où est ton frère ?

L’inquiétude plane sur le devenir de l’Homme. Nous avons l’impression de revivre des temps anciens et de nous trouver devant un précipice.

J’écris parce que j’appartiens au genre humain ; et à l’intérieur de cette humanité plurielle, je porte une mémoire singulière, celle d’Israël, qui a, je crois, un message à transmettre à l’humain. Je refuse le judéo-centrisme. Je n’oublie pas qu’Israël a à recevoir d’autres humains et d’autres cultures.

J’écris parce que je cherche des issues intellectuelles et des pratiques qui me permettraient de dépasser nos enfermements et le choix facile de l’un contre l’autre, de l’un aux dépens de l’autre. Poser la Paix-Salam-Shalom dans sa définition simple d’exigence : harmonie des différences, reconnaissance des noms. La politique d’Israël m’intéresse moins que l’Être d’Israël. Quel sens donner à notre existence, à notre vocation ? Pouvons-nous répondre aux deux questions que Dieu pose à chaque humain le Jour de Roch Hachana, le Nouvel an juif : « où es-tu et où est ton frère ? ». Je suis sûr que l’humaniste et l’athée pourraient entendre ces interrogations.

J’écris au nom de mes amis juifs, chrétiens et musulmans. Les bonnes intentions de l’inter-religieux les laissent souvent indifférents. Les bonnes volontés s’engagent pour le dialogue, il suffit d’un fait perturbant pour crisper les communautés sur leur particularité. Pourtant, tout mouvement possède un commencement. Si la guerre connaît un début, pourquoi pas la Paix-Salam-Shalom ? Il faut partir de ce qui rassemble, de ce qui fédère, et non de ce qui fâche.

La Paix-Salam-Shalom, celle qui nous préoccupe n’a rien à voir avec la Pax Romana ou celle d’Alexandre le Grand. Elle a été formulée, entre autres, par Hillel. Ce sage avait l’habitude d’enseigner : « Soyez des disciples de Aaron, aimez la paix, poursuivez-la. »

« Aime la paix. » Cela signifie ne pas chercher la guerre, refuser tout conflit armé. Reconnaître la guerre comme un échec de l’humanité de l’Homme.

« Poursuis la paix. » Cela signifie « scrute les voies possibles de la paix. Ne te contente pas de dire : j’ai essayé, je n’ai pas réussi, je n’irai pas plus loin. Poursuis-la, mets-toi en marche pour la découvrir, la trouver, la chérir et la maintenir. » La Paix-Salam-Shalom implique le refus de la domination, payer… on ne réalise la paix qu’en payant… de soi

Philippe Haddad